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> Que lisez-vous actuellement ?, Oui, les metalorgiens lisent-ils ?
Gauvain
posté 22.09.2011 - 21:21
Message #3961


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Acheté 3 (tout) petits livres de poche; des auteurs que je ne connais pas, ca me branchait, peut etre un avis apres les lectures

il y a :

Les oreilles du loup d'Antonio Ungar
Mon couronnement de VĂ©ronique Bizot
BĂ©atrice et Virgile de Yann Martel

on verra happy.gif
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Fragone
posté 23.09.2011 - 11:02
Message #3962


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@Turtle : Bernanos, Drieu, Barrès, Céline, tu fais dans l'auteur réactionnaire en ce moment laugh.gif

Mais tu as raison, il vaut mieux connaître son ennemi et rien de tel que leurs écrits pour les cerner.

Pour ma part, pas grand chose à me mettre sous la dent en ce moment. J'ai abordé Michéa (Empire du moindre mal) que je connaissais pas suite aux nombreux posts de Slim le concernant, je n'ai pas été tellement bouleversé par ses théories et au final j'ai quand même du mal à voir où il veut en venir. Si Slim passe par là, qu'il éclaire un peu ma lanterne. wink.gif
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Assatur
posté 23.09.2011 - 14:38
Message #3963


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Salutations à tous. Je lis toujours quelques fils, sur les sujets qui m'intéressent en premier lieu, et ayant du temps à perdre ces jours-ci, je veux bien hasarder une discussion. J'aimerais décocher une flèche, mais l'ampleur du débat que peuvent provoquer quelques malheureuses lignes, ajouté au manque de temps, me font saisir le marteau. Désolé donc si ça en fout partout, on tachera d'y voir clair après la secousse.

Premier point. Quand on en vient à réduire certains des plus grands auteurs français du XIXème et du XXème à une notion aussi réductrice (et informe), à ce mot si fétichisé de "RÉACTIONNAIRE" (d'ailleurs inapproprié à mon avis ; j'y reviendrais) il ne reste plus qu'à constater les dégâts de l'idéologisation.
L'ironie étant que le message conclue sur une incompréhension relative de Jean-Claude Michéa, qui connait bien les turpitudes et ambiguïtés de la "gogôche", de la religion du Progrès, des faux combats qu'elle s'accapare, du charme qu'elle insuffle à la vraie Réaction. Quand Michéa résume lui-même sa vision ça donne quelque chose comme : je cherche à expliquer pourquoi chaque victoire de la gauche institutionnelle a donné lieu à une défaite du socialisme, et partant, de la "vraie" gauche. J'ai lu il y a peu que quelqu'un (Turtle il me semble) résumait ça à : être réformateur liquide progressivement la perspective d'un Grand soir, ce qui est une vérité de la Palisse (no offense) ; Michéa va bien plus loin : jouer le jeu de la réforme à la petite semaine, c'est renforcer le Capitalisme. Il est définitif là-dessus. Bon, on y reviendra sûrement.

Deuxième point. L'idéologisation donc, et ce fameux mot de "réactionnaire." Le prisme déformant, la lunette crasse où l'on ne voit plus en Barrès et consort qu'un bataillon d'infanterie attendant sur l'autre rive de charger le camps du Bien. La littérature dans tout cela ? Vétilles ! On ne lira plus ces maudits que pour en déjouer les sophismes, révéler leurs blasphèmes, pour avertir ce faisant les jeunes générations et les éloigner de ces agents de subversion. C'est entendu. On les lira en ennemi. Drôle de manière quand on souhaite comprendre, c'est-à-dire "contenir en soi."
La première chose qui m'a traversé l'esprit en voyant Bernanos ainsi déshonoré, c'est que le bougre avaient donc fort à faire contre les cuistres, même maintenant que son vieux corps est froid. Je n'irais pas jusqu'à intéresser les gens sur sa rupture avec l'AF, mais pourquoi ne pas rappeler ses prises de position contre le franquisme (Les grands cimetières sous la lune, que certains ont du manqué ici.) Au reste, ce résistant (par les lettres) a eu l'amitié du général de Gaulle, l'estime d'à peu près toutes les âmes de France, et il suffit de lire La France contre les robots pour comprendre que l'ex-sympathisant du Cercle Proudhon, anti-bourgeois d'élite, avait mieux compris dès 1945 ce que dit Michéa aujourd'hui de tous les antifas débiles. J'attends le jour où un militant rentier de l'antifascisme nous expliquera comme Bernanos l'horreur de notre temps, "conspiration contre toute forme de vie intérieure" (de mémoire.)

Malheureusement je connais la bizarre manière de raisonner des idéologues, par la caricature, l'amalgame, la diabolisation, etc. Il suffira de relier Bernanos à trois citations tronquées ou même à son admiration pour Drumont pour motiver le fantassin exalté à brûler Monsieur Ouine. Ou à le lire en ennemi.

Un rappel supplémentaire s'impose donc :

Les grands cimetières sous la lune (1938) :
QUOTE
Nous n'étions pas des gens de droite. Le cercle d'études sociales que nous avions fondé portait le nom de cercle Proudhon, affichait ce patronage scandaleux. Nous formions des vœux pour le syndicalisme naissant. Nous préférions courir les chances d'une révolution ouvrière que compromettre la monarchie avec une classe demeurée depuis un siècle parfaitement étrangère à la tradition des aïeux, au sens profond de notre histoire, et dont l'égoïsme, la sottise et la cupidité avaient réussi à établir une espèce de servage plus inhumain que celui jadis aboli par nos rois.


De Nous autres Français (1939) :
QUOTE
On ne nous a nullement élevés dans le respect de la bourgeoisie. Nous savions que la bourgeoisie intellectuelle, comme l'autre, avait constamment sacrifié la monarchie à son avarice, à sa vanité, à une sorte de conservatisme qu'elle prend pour la tradition, qu'elle oppose dans son orgueil ingénu à la tradition des aristocrates.[…] Nous n'ignorions pas que la bourgeoisie s'est perpétuellement interposée entre le peuple et la monarchie, que la monarchie, en 1789 comme en 1830, s'est perdue chaque fois qu'elle a parié pour la bourgeoisie contre le peuple.


Avant qu'on me sorte les conneries style "rouge-brun" je tiens à rappeler que Bernanos s'est élevé CONTRE le fascisme. Drieu ou Céline n'ont pas fait le même calcul. (Bernanos m'évoque en fait beaucoup Michéa, on pourrait relier sa réhabilitation du populisme à ces textes de Bernanos, où l'on côtoie davantage Rousseau que Mussolini.)

Ce qui m'amène à penser : je ne parviens toujours pas à comprendre comment les contempteurs possédés du "fascisme", ces pasionaria qui se croient encore dans la colonne Durutti malgré leur manque flagrant de conscience politique, comment ces fanatiques peuvent avoir en 2011 encore une vision aussi monolithique, fausse et "essentialisante" de la droite en général, de ce qu'elle fut, de ce qu'il en reste. Quel mot magique et confortable que celui-ci, "réactionnaire", cache-sexe évident pour d'autre vilénies plus hard. Chute de sens où le premier opposant à n'importe quel avatar du progressisme libéralo-compatible se voit rejeté à Fresnes, entre P.A Cousteau et Lucien Rebatet, repéré comme un dangereux épigone de Maurras. "Entre Zemmour et Hitler", pourrait écrire aujourd'hui un malin voulant parodier l'incipit des Décombres.

Je n'ai guère envie d'être aussi prolixe sur tous les auteurs incriminés, je vais donc simplement rappeler la hauteur de vue de quelques gens un peu supérieur : ainsi, l'admiration que vouait Léon Blum à Maurice Barrès, contre l'idéologie justement (référence à Zola) :

QUOTE
Je sais bien que Monsieur Zola est un grand écrivain ; j'aime son œuvre qui est puissante et belle. Mais on peut le supprimer de son temps par un effort de pensée ; et son temps sera le même. Si Monsieur Barrès n'eût pas vécu, s'il n'eût pas écrit, son temps serait autre et nous serions autres. Je ne vois pas en France d'homme vivant qui ait exercé, par la littérature, une action égale ou comparable.


Il fallut attendre les blagues potaches et sans grand intérêt des dadaïstes pour discréditer celui qui fut une véritable idole pour nombre de jeunes lettrés (notamment Aragon.) Quant à la pensée politique de Barrès, c'est sûr que ce n'est pas après le grand déferlement post-45 de bêtise en sucre qu'on va la cerner (des fois qu'on tenterait de la combattre !), à une époque où je crains que même Simone Weil soit suspecte de sympathie fascisante, puisque enracinement = terre des morts = Vichy = chambragaz etc.

Pour l'anecdote, la première fois que j'ai entendu causer de Drieu la Rochelle ce n'est pas sous la plume délatrice de quelques pamphlets "de gauche" bien-pensants, mais dans la bouche de Chevènement, rendant hommage à Mesure de la France (de mémoire encore.)

Conclusion rigolote : Drieu la Rochelle était un internationaliste convaincu (lire son Journal), Céline voulait couper la France en deux (à défaut d'une Europe aryenne, comme Drieu). Quand on voit la sale gueule de l'Union Européenne aujourd'hui, et la malignité avec laquelle elle courtise tous les régionalismes, que dire de l'acuité des nationalistes ?



Une affiche du Parti Populaire Français en 1941.
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Fragone
posté 23.09.2011 - 14:57
Message #3964


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Houla, là il va me falloir un moment pour décrypter tout ça, Assatur. Merci d'avoir lancé le débat en tout cas et éclairé ma lanterne...On en reparle bientôt.
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Assatur
posté 23.09.2011 - 15:53
Message #3965


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Ce n'est pas le temps qui manque heureusement.

Sinon, mes dernières lectures (depuis le début de l'été à peu près) :

-Les Exploits d'un jeune Don Juan de Guillaume Apollinaire
-Le Salut par les Juifs et MĂ©ditations d'un solitaire en 1916 de LĂ©on Bloy
-La peau de Malaparte
-le Robespierre de Jean Massin
-Les chansons de Bilitis de Pierre LouĂżs
-Souvenirs et polémiques de Léon Daudet
-D'un CĂ©line l'autre de David Alliot
-Aline et Valcour de D.A.F. de Sade
-Le père Goriot de Balzac
-L'antisémitisme, son histoire et ses causes de Bernard Lazare, ainsi que Contre l'antisémitisme, histoire d'une polémique.

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Sugarbread
posté 23.09.2011 - 16:10
Message #3966


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Tiens tu t'es perdu toi ;-) Re bienvenu ^^.
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Turtle
posté 23.09.2011 - 16:27
Message #3967


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Content de te relire Assatur. Et ravi de constater que malgré la distension des liens du quotidien,
nos yeux-glace sans tain se posent sur les mêmes lectures, puisque sur ma table à côté de moi, j'ai l'Exégèse des lieux communs
ainsi que Le désespéré de Léon Bloy,
Le Mort à crédit que je rédévore,
que Robespierre orne mes bibliothèques,
et que je rendais encore hommage Ă  Bernard Lazare hier mĂŞme.

Pour le reste, ma démarche - liée à une "intuition" - n'a pas d'autre raison que d'arriver sensiblement aux mêmes conclusions que les tiennes,
à la différence prête que je n'aurais pas la même interprétation que toi in fine.

Mes Ă©tudes sur le bonapartisme autant que sur la Terreur,
mes recherches sur les physiocrates jusqu'au néo-corporatisme fixent une idée en histoire,

qui se confirment dans mes mini-thèses sur Barrès, Drieu et les auteurs écarlates de 1870-1945,

à savoir que l'historiographie autant que l'édification de la Culture est étatiste, morale et orientée.
Que chaque position sur l'Histoire et sur la littérature est formé, enseigné et répandu dans un but donné: la pérennité de la République.

Aussi, sache que je ne les lis pas pour dire qu'ils sont mes ennemis. Je les lis pour les comprendre. Et je ne les comprends que trop.
Et je dis en posant leurs ouvrages qu'on a travesti la Réalité. Comme toi. [La citation de Blum sur Barres, je la récite chaque fois que je parle de cette œuvre majeure - sorte de Crime et châtiment à la Française, sur fond de l'antagonisme Renan/Taine - qu'est Les Déracinés.]

Bilan ? C'est regrettable pour l'exactitude scientifique (Et lĂ , je m'inscris mĂŞme dans le courant des post-modernistes),
mais c'est nécessaire politiquement.

Et c'est ce point précisément qui, je pense, constituera la fourche après laquelle nous nous séparerons.
En jacobin revendiqué que je suis, je justifie l'idée de "martyrs" (Barra, Marat et Le Peletier Saint Fargeau), les peintures de David, la régénération de Barrère et l'Homme nouveau dont parle Saint-Just.
Je pense que de ton côté, en libéral/libertaire que je te crois être, tu demandes la Vérité et rien que la Vérité,
quitte Ă  ce que cela engloutisse notre monde.


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Plunk
posté 23.09.2011 - 17:28
Message #3968


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Bon ben... c'est encore un de ces moments où je me sens complètement ignare après avoir lu vos débats.
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Assatur
posté 23.09.2011 - 17:28
Message #3969


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Tu t'avances beaucoup, mais pour faire du surplace. D'ailleurs je ne comprend même pas comment tu en es arrivé à développer ce sujet, et de manière aussi elliptique, alors que je me gaussais (poliment) de voir quelqu'un amalgamer des romans aussi profond que ceux de Bernanos et cie à des programmes politiques.
Tu as l'expérience de ton coté et une érudition que je n'ai pas, mais je m'interroge sur ce qu'il me faut déduire d'un message aussi sibyllin, qui part de nos lectures communes pour embrayer aussi sec sur du "moi je" avant de spéculer sur ce que je serais in fine (sur la base de quelle documentation ?)

Quelque part, c'est de la haute voltige qui se termine par un crash.

Et je crois que tout le monde s'en fout, de ce que je pense de la VÉRITÉ, des Jacobins, de la République (romaine ? de 91 ? 93 ? 58 ???) et que je ne suis pas le seul à chercher le rapport entre Barrès et les libéraux/libertaires.

Bien Ă  toi.
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Turtle
posté 23.09.2011 - 18:08
Message #3970


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Ne parlons pas de nous Assatur. Ca n'a aucune importance et ça gangrène toujours les débats. Si tu le veux bien, je ne relèverai donc pas tes pics
et ton animosité que je ne m'explique pas.

Mon message prolongeait ta remarque autant qu'il y répondait. Mais peut-être que j'aurais du faire un propos liminaire,
Ă©tayer le pourquoi de ces lectures, la raison du commencement de ces recherches.

Alors je vais faire simple - et ainsi Plunk, tu verras que même si tu n'as pas lu tous les exemples cités, tu comprendras l'idée -.

Frag en citant le mot "réactionnaire", démontre la catégorisation qu'il y a de ces auteurs.
Alors je suis parti de là. J'ai pensé que catégoriser, c'était ostraciser. J'ai repensé aux 3 noms que ma prof de lycée avait écrit
sur le tableau pour dénoncer "les écrivains de la collaboration". 3 noms laids. Hideux. Destinés à me hanter.
Le nom d'une femme, d'un aristocrate et d'un énième "llac".

A eux se sont greffés par l'action du temps Maurras, Barrès. Autour d'eux voguait sans que je sache bien pourquoi Bloy, Peguy, Bernanos.
J'ai voulu les lire. Je les ai lu. Je les ai relu. Je les ai comparé.

Le temps 1870-1945 s'est offert sous un œil nouveau. Je me suis rendu compte qu'on nous avait présenté une situation très orientée
concernant les journées du 5, 6 février 1934. J'ai compris le parcours de Drieu. Saisi l'héritage de Barrès. Assisté au glissement de Peguy.
Ils avaient tous au dessus d'eux un fronton commun avec inscrit un mot: "Complexe".

Etait-ce la seule similarité ? Non. Au fond, ils participent tous de cette contre-histoire qui doit être enfouie, rembrunie et diabolisée. Ils sont les perdant. Drieu l'écrit dans sa lettre de mort: "J'ai perdu" et ainsi il refuse que Malraux le sauve. Céline sera plus lâche. Mais il le sait aussi.

Alors quoi ? Leur écriture participe à l'Histoire de France - Gilles est probablement dans le top 10 des meilleurs romans français du 20e siècle, et les Déracinés ratent cette honneur au XIXe qu'à cause de sa profusion littéraire -, à sa culture, à sa lumière, et pourtant on ne le lit plus, on ne doit plus les lire. Et on s'exécute. Ou on se cache pour les lire.

La situation soulève l'interrogation. Pourquoi alors qu'ils sont objectivement talentueux et part entière de notre patrimoine, on ne les lis pas.
Parce qu'ils sont tombés dans l'oubli ? Certains oui, mais pas par hasard.
Parce qu'ils sont honnis ? Oui, lĂ  est tout l'enjeu.

La moral républicaine a dessiné un panthéon culturelle selon la logique de Carl Schmidt ami/ennemi et condamné au ban les perdant.
VoilĂ  pourquoi on ne les lit plus.
Doit-on s'insurger de cette injustice ?
Sur ce point, mon cœur balance. Car mon credo est de dire: la littérature n'a que faire de la moral.

Le problème est qu'ici, il ne s'agit pas que de littérature. Il s'agit de la politique. Du politique. Au sens de la politéia. Qui englobe tout.
C'est là que se noue toute la problématique. La République pour se régénérer et s'établir a du procéder à une mystification du réel.
L'histoire réécrite. La propagande institutionnalisée. C'est cela le creuset républicain. De Saint-Just à Gambetta. "Nous avons l'ambition de créer un homme nouveau et nous le transformerons pour qu'il soit conforme à ce que nous voulons".

Voilà ma conclusion. La République s'est fondée sur une mythologie renouvelée. Elle a substitué sa religion - son idéologie - à une autre - le christianisme - à laquelle elle a emprunté ses instruments, ses mirages et ses miracles. Quinet l'a dit pour 1789. Je le dis pour 1946 et pour 1958.
Mais, malgré tout, malgré cela, malgré la dénonciation de ce mensonge généralisé, je le soutiens, au nom de la mystique républicaine
et du matérialisme historique.
De ce que je connais(sais) de toi, et de ce que je lis de ton dernier message, je pensais que tu n’accepterais pas cette position. Désolé de t'avoir prêté des intentions qui ne sont pas les tiennes, si ce n'est pas le cas.


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Slim
posté 23.09.2011 - 23:25
Message #3971


Chanteur charismatique
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Concernant Michéa je crois avoir suffisamment étalé toute l'admiration que j'ai pour cet homme. Si jamais on relira son excellent entretien à la revue A contretemps qui situe assez bien le personnage: http://acontretemps.org/spip.php?article217.
Frag, je pense que rentrer dans Michéa par "L'Empire du moindre mal" est assez aride pour qui n'est pas familier avec les thèses de l'auteur. Je te conseillerais plutôt "Impasse Adam Smith", plus concis et abordable. Pour ce qui est du contenu, Assatur en a fait un bon résumé (entre les milles autres choses pertinentes de son intervention).

@turtle: Ta théorie de "préservation de la mystique républicaine", qui justifierait de mettre au ban certains auteurs, est intéressante même si je ne la partage pas complètement et aimerait la nuancer. En fait ce que tu dis, si je t'ai bien compris, c'est la nécessité pour tout pays d'avoir un "roman national" sur lequel se construire. La dessus, je ne peux qu'être entièrement d'accord avec toi. Cependant il faut souligner l'importance pour ce roman national de résister aux tentatives de réécritures de plus en plus nombreuses. On ne construit rien sans des fondations solides sur lesquelles s'appuyer pour avancer ensemble. Or la doxa contemporaine n'hésite pas à travestir les valeurs républicaines, à tronquer ce roman national pour correspondre à l'air du temps et ses lubies. Ma question est donc que dès lors que l'on considère, au nom de l'idéologie du progrès dans laquelle nous baignons, que la république ne doit plus avoir de valeurs immuables, selon quels critères décide-t-on d'adapter le roman national à certaines valeurs plutôt qu'à d'autres?Qui doit être mis au ban et au nom de quoi? Au nom d'une république dont la tolérance et la définition oscillent selon les humeurs de l'opinion? C'est là qu'arrive le règne des associations, du communautarisme et du lobbying à l'américaine. C'est ainsi qu'on veut nous faire gober que la tradition française a toujours été le communautarisme (cf. BHL et Ramadan), que le modèle assimilationniste c'est du fascisme (cf. SOS racisme) etc... Au final on ne sait même plus quelle république on préserve car on la remodèle au gré de l'évolution des moeurs et des rapports de force associatifs qui la gangrène. Or une telle république, si instable dans ses valeurs, crée comme homme nouveau un schizophrène, n'en déplaise à Saint-Juste et Gambetta, et signe la mort de la démocratie.

Sur la question du roman national, traitée à travers le prisme de l'antiracisme, je suggère la lecture de "Voyage au centre du malaise français: L'antiracisme et le roman national" de Paul Yonnet.

edit: J'en profite aussi pour signaler la sortie du prochain Michéa le 5 octobre, intitulé Le complexe d'Orphée, la gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès. dont voici le savoureux 4ème de couverture:

QUOTE
Semblable au pauvre Orphée, le nouvel Adam libéral est condamné à gravir le sentier escarpé du « Progrès » sans jamais pouvoir s’autoriser le moindre regard en arrière. Voudrait-il enfreindre ce tabou – « c’était mieux avant » – qu’il se verrait automatiquement relégué au rang de Beauf, d’extrémiste, de réactionnaire, tant les valeurs des gens ordinaires sont condamnées à n’être plus que l’expression d’un impardonnable « populisme ».

C’est que Gauche et Droite ont rallié le mythe originel de la pensée capitaliste : cette anthropologie noire qui fait de l’homme un égoïste par nature. La première tient tout jugement moral pour une discrimination potentielle, la seconde pour l’expression d’une préférence strictement privée. Fort de cette impossible limite, le capitalisme prospère, faisant spectacle des critiques censées le remettre en cause.

Comment s’est opérée cette double césure morale et politique ? Comment la gauche a-t-elle abandonné l’ambition d’une société décente qui était celle des premiers socialistes ? En un mot, comment le loup libéral est-il entré dans la bergerie socialiste ?

Voici quelques-unes des questions qu’explore Jean-Claude Michéa dans cet essai scintillant, nourri d’histoire, d’anthropologie et de philosophie.


Ce message a été modifié par Slim - 24.09.2011 - 10:03.
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NO Fun For A FX
posté 24.09.2011 - 09:28
Message #3972


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Sur ce, je vais regarder le match de rugby.

PS: Si seulement certains écrits de ce post n'étaient pas imbuvables de condescendance triomphaliste, ils en seraient sans doute intéressants. Si l'érudition mise en avant en nappes d'archaïsmes littéraires doit mener à l'arrogance manifestée, je préfère rester ignare et modeste.
La personne se reconnaîtra.
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Assatur
posté 24.09.2011 - 10:47
Message #3973


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En fait Turtle, tu as voulu m'expliquer de manière absconse - à mon avis - un truisme que tout le monde comprend d'instinct, qui est que "les vainqueurs écrivent l'histoire."

Or je ne m'intéresse pas à la vulgarité de l'éducation nationale ou aux discours de Frédéric Mitterrand et Delanoé sur Céline (d'ailleurs on peut remarquer que la position française sur la collaboration a largement fluctué entre celle du général et Chirac), j'essaye de comprendre naïvement pourquoi les jeunes gens essayant de comprendre le monde - qui est toujours complexe, à l'évidence - tombent toujours dans le panneau essentialisant au sujet de la "droite", écueil qui gène la compréhension TOTALE du monde actuel et de ses rapports de force (notamment l'alliance libéral-libertaire, bien sûr soudé sur l'antifascisme et le rejet du "sabre et du goupillon", très pertinent en 2011. Que Michéa comprend très bien.

Je maintiens que ton message était largement incompréhensible à mon avis et bizarrement orienté. MAIS ! Pas d'animosité, même si je prend très mal le rapprochement avec COHN-BENDIT et SERGE JULY, qui sont bien sûr des personnages méprisables. Et je crois en effet, qu'il n'est pas loisible de les épargner, au nom d'une quelconque morale. Quel chèque en blanc leur a t-on signé pour les autoriser à mentir, trahir, se vendre ? Moi je ne blanchis pas les collabos, je ne leur cherche pas des excuses, en 40 comme en 2011. En fait, si d'après toi la fiction de la république (pour laquelle je n'ai pas la plus fervente admiration) doit autoriser le mensonge et la calomnie, dans ce cas c'est "leur morale et la notre" et je n'adhère pas à ça. C'est politiquement inepte, moralement insupportable.

En politique je suis toutefois d'une prudence extrĂŞme, j'admets que je n'ai pas choisi mon camps, ni pour 1789, ni pour 1934, ni pour 1939, ni pour 2012. J'essaye encore d'apprendre.

Sinon Michéa c'est sympa mais ça n'avance pas beaucoup. A en croire le 4ème de couverture ce livre retourne encore les mêmes idées que celles de L'empire, qui repliait celle de l'Impasse (dont on aimerait bien qu'il nous propose d'en sortir), rebattant celle de L'enseignement de l'ignorance etc.

Et honnĂŞtement, je crois que tout le monde est d'accord sur ce qu'il dit depuis trois plombes, donc faudrait peut-ĂŞtre passer Ă  autre chose !
Hélas, j'ai peur que Michéa ne sache pas lui-même ce qu'il convient de faire après ce constat dont il est vrai qu'il est désarmant.

Nofun :
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Assatur
posté 24.09.2011 - 11:02
Message #3974


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En fait je pense que ton mensonge joue contre la république (ou disons, ce qu'elle aspire naturellement à être, dans l'idée de ses fondateurs les plus honnêtes, d'où j'exclue évidemment les Sieyès et consort.)

Je vais être ultra-rapide mais après tout Michéa est en amont, l'antifascisme institutionnel c'est la caution de toute la merdasse antirépublicaine : oligarchie (MAIS à mon avis les deux sont consubstantielles), communautarisme, ultra-libéralisme, domination ricaine incontestable etc.

Et perso, le plus grave à mon avis, ça permet aussi de justifier les pires contresens moraux, comme la guerre au nom des Droits de l'Homme, l'immigration de masse, l'Union européenne (qui fédère TOUT le système, économique, légal etc.)

EN GROS tu joues contre ton équipe à 4000% puisque tu balaie le roman national, l'assimilation républicaine, l'indépendance nationale (OTAN and co), etc.

Donc aujourd'hui, jouer le baroud d'honneur de la République (qui n'a plus aucun pouvoir de décision nulle part) ça revient à être un garde-fou de toute l'oligarchie internationale, laquelle n'a pas le même souci des petites gens que le sémillant Orwell.

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Slim
posté 24.09.2011 - 11:31
Message #3975


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QUOTE(Assatur @ 24.09.2011 - 11:47) *
Et honnĂŞtement, je crois que tout le monde est d'accord sur ce qu'il dit depuis trois plombes, donc faudrait peut-ĂŞtre passer Ă  autre chose !
Hélas, j'ai peur que Michéa ne sache pas lui-même ce qu'il convient de faire après ce constat dont il est vrai qu'il est désarmant.


ça c'est fort probable. Même s'il y a des solutions qui s'esquissent, petit à petit, notamment dans le cercle de la revue du MAUSS: http://www.journaldumauss.net/spip.php?article103

Ce message a été modifié par Slim - 24.09.2011 - 11:32.
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NO Fun For A FX
posté 24.09.2011 - 12:31
Message #3976


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Oui, je te trouve définitivement pénible à lire. cool.gif Et pourtant je ne suis pas en désaccord sur le fond, au contraire. C'est juste que tu donnes cette impression (les malentendus du web, certainement) qu'il faut péter plus haut que son cul pour faire tourner les pages d'un livre afin au final d'embaumer les autres. C'est vraiment sans agressivité aucune hein (mon sentiment serait plutôt "c'est vraiment dommage").
Juste que selon moi, lire, comprendre et adopter des positions... Y a rien de plus facile. Tout ce dont tu as besoin c'est d'un cerveau, du temps, et de motivation/envie.

Par contre, ne pas se laisser entraîner par les jeux d'ego addictifs que la connaissance peut conférer, ne pas chercher à écraser cyniquement les positions des autres pour faire "triompher" les siennes et ainsi se conforter dans ses propres partis pris... C'est déjà beaucoup plus difficile!

Mais encore une fois, cette impression n'en est sûrement qu'une, y a rien de péremptoire. (J'espère donc éviter les sempiternels "On ne se connait pas", "Qui es-tu pour juger?"... Je ne doute pas de ton discernement sur ce point là). Il n'en reste pas moins vrai qu'on est AUSSI ce que l'on montre.

PS: Désolé d'avoir dévié du sujet... C'était juste mes 2 cents et je pense que cette conversation serait plus appropriée en privé (bien entendu après un droit de réponse publique s'il est souhaité). Bref, en clair: je vous emmerderai plus!
Et pour recoller: dernière lecture en date: Tokyo. Petits portraits de l'aube par Michaël Ferrier. Ca ne révolutionne pas l'analyse politique de la IVè République à travers la littérature, mais c'est bien écrit et plaisant à lire. Le format court sied bien à l'oeuvre je trouve.
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Garik
posté 24.09.2011 - 12:52
Message #3977


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Je vais vulgaire, je plussoie No Fun.
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Assatur
posté 24.09.2011 - 13:53
Message #3978


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Ouais bon, vous voulez que je vous dise quoi ? Perso je trouve la forme des messages de Turtle imbuvable, même si j'ai plaisir à discuter avec lui (la preuve, j'ai reparu pour rebondir sur un de ses messages.) Je pense qu'il y peut rien (je crois pas que ce soit calculé), c'est devenu sa signature, il y tient, et comme c'est intéressant de le lire je vois ça comme la contrainte qu'on a devant tel livre ou tel article dont la forme nous échappe. Que ça me tape parfois sur les nerfs avant que je lui répondre, c'est fort possible.

Élargissons au-delà de mon simple cas. La polémique cordiale et courtoise de salon c'est bon pour les plateaux télé, on est sur un forum bon sang. Un des derniers endroits où, malgré le fait qu'on soit vautré comme des lémuriens devant un écran on peut revenir à un échange poussé, humain, avec des gens qui partagent un minimum nos centres d'intérêt. Je vais pas nier que l'égo n'est pas important dans l'histoire, c'est tellement évident.

QUOTE
Juste que selon moi, lire, comprendre et adopter des positions... Y a rien de plus facile. Tout ce dont tu as besoin c'est d'un cerveau, du temps, et de motivation/envie.


Y a rien de plus facile, à condition d'être jeune, oisif, curieux, ce que peu de gens peuvent se permettre (économiquement et intellectuellement.) Sur n'importe quel forum 99% des messages sont inutiles, oiseux, émanent de gens falots, de demi-analphabètes, d'ados débiles qui ont lu 2 livres dans leur vie et préfèrent passer leur temps à écouter nyancat. Qui ne fait pas ce constat ? Pourtant on est sur une agora virtuelle. Les gens ont le temps de soigner la forme, de corriger leurs fautes, de peser ce qu'ils disent. Personne ne le fait, à part deux-trois francs-tireurs qui certainement tirent orgueil de se voir si grands au milieu de la cohorte de minus.

Et vous me reprenez parce que j'ai des facilités de rhéteur, que j'aime les algarades et la VIE quoi. Honnêtement je crois avoir écris des messages plus riches et intéressant que le grand torrent boueux inhérent au forum, et oui ils sont provocateurs, dédaigneux, satisfaits etc. Et alors ? Je n'ai pas peur de me regarder en face pour autant. D'autant plus qu'à part mon premier message, je ne vois pas où la boursouflure dans les derniers, c'est très synthétique et y a de jolies images, je n'attaque personne, bref. Et j'attends la suite sereinement.

On s'en remet mieux que de lire des inepties LARGEMENT plus nombrilistes style "je veux adopter un asiatique kikoolol" ou "je sais pas ou on en est avec ma petite amie", "j'ai regardé tel film hier, CA TUE et la fin est plus que wtf" et j'en passe.

N'est-ce pas.

Ce sera ma conclusion : écrire nerveusement c'est stimulant, à condition qu'il y ait du fond. Et que vous trouvez que ça se résume à un JEU D'EGO CYNIQUE, bah que vous répondre ?

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Garik
posté 24.09.2011 - 14:00
Message #3979


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Allez va, relis le post de No Fun et vas tirer un coup, ca ira mieux.
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Assatur
posté 24.09.2011 - 14:06
Message #3980


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A JSUI TRO KC : ' ((((((((((

Ce message a été modifié par Assatur - 24.09.2011 - 14:07.
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