
Line-up :
- Steinard "Sverd" Johnsen (claviers)
- Jan Axel Von Blomberg "Hellhammer"(batterie)
- Hugh Steven James Mingay (basse)
- Knut M. Valle (guitares)
- Kristoffer Rygg "Garm" (chant)
- Simen Hestnaes "I.C.S. Vortex" (chant)
Track-list:
1. Master Of Disguise
2. Ad Astra
3. The Chaos Path
4. La Masquerade Infernale
5. Alone
6. Throne Of Tragedy
7. Painting My Horror
8. Of Nails And Sinners
Bon alors, je me faisais chier cette nuit (ah les vacances), je me remettais paisiblement de ma cuite de la veille (toujours ce putain de mal de bide bordel…), et une idée m’a traversée l’esprit : et si je me refaisais une chronique ? Que chroniquer ? Un chef d’œuvre intemporel, un chef d’œuvre qui manque cruellement au site. Lequel ? Chroniquer La Masquerade Infernale d’Arcturus m’a alors paru comme une évidence, un album que je considère comme l’un des plus importants de l’histoire du métal. Le premier album du groupe norvégien, Aspera Hiems Symphonia, avait déjà posé les pierres d’un nouveau genre : le black métal avant-gardiste. Innover en intégrant au Black Métal des ingrédients d’autre genre : un pari impossible. Mais Arcturus l’a fait, en unissant deux cultures à priori antithétique, le black métal et la musique classique. D’autres groupes ont suivi cette mouvance : Les étonnants Ved Buens Ende, avec le très instrumental Written In Waters, et Solefald avec Jernlov, le tout la même année, 1995. Mais Arcturus est le créateur de ce nouveau style, qui a permis de montrer l’ouverture d’esprit insoupçonnée des musiciens de la scène black métal créée quelques années auparavant par Bathory, Mayhem et consorts.
Mais sur cet album, Arcturus va plus loin que sur AHS. Beaucoup plus loin. Un nombre incalculable de styles y est condensé, qu’on ne trouvait pas encore dans le premier effort des norvégiens, encore très influencé par les albums pionniers du Black Métal. Le premier constat est l’utilisation intensive de sons électroniques. Est-ce dû au dénigrement soudain pour le black métal de leur chanteur Kristoffer Rygg, qui décida de délaisser le Black Métal au profit de l’électro avec son groupe Ulver après la sortie de Nattens Madrigal? Il est d’ailleurs intéressant de constater que le chant black écorché de Garm n’est plus du tout utilisé. En vérité, il n’y a plus grand-chose de black métal dans cet album. L'influence du black métal est presque uniquement perceptible dans la rythmique, Jan Axel Von Blomberg apportant tout son savoir-faire. Hellhammer est définitivement un batteur d’exception, sachant conjuguer de très belle façon vitesse et finesse, multipliant breaks et contretemps. Incontestablement un des meilleurs batteurs de la scène actuelle. La musique, elle, est toujours autant influencée par Bach, grâce à l’apport du leader d’Arcturus, le claviériste Steinar "Sverd" Johnsen, apportant au tout une grandiloquence impressionnante. Grandiloquence, théâtralité, folie, décadence : voilà les mots qui permettent de décrire au mieux l’œuvre. Une folie d’autant plus renforcée par l’apport vocal de Garm, alternant voix malsaine, sadique, et envolées lyriques. Parlons d’ailleurs un peu des vocaux. On ne présente plus Garm, chanteur à la voix d’exception. Mais sur trois titres de l’album apparaît un invité alors inconnu, un certain Simen Hestnaes, alias I.C.S. Vortex, surnom donné par Garm himself, sur trois titres. Vortex partageait alors la salle de répétition d’Arcturus avec son groupe de Heavy Doom Lamented Souls, et sa voix unique a séduit Arcturus (il remplace d’ailleurs Garm depuis son départ du groupe après l’album The Sham Mirrors et officia dans Borknagar pour remplacer…..Garm). On a en effet affaire là à un chanteur tout bonnement exceptionnel, sa voix haut perchée formant avec la voix grave au timbre chaud de Garm un duo unique (mais écoutez « The Chaos Path » bordel). D’autres influences sont perceptibles sur l’album : tout d’abord la présence de mélodies orientales comme sur l’instrumentale « Ad Astra « (un des meilleurs morceaux de l’album, une vraie réussite), ainsi que des influences trip hop à la Portishead, le tout dans un style toujours cosmique (Arcturus est une étoile, ai-je besoin de le rappeler). On est proche de l’univers de Lovecraft, du génie d’Edgar Allan Poe (les paroles du morceau La Masquerade Infernale sont tirées de l’œuvre de Poe), ou de la décadence de Sade.
Cette pièce est une œuvre majeure de l’histoire du métal, sempiternellement ancrée dans mon esprit, et l’album ultime de black métal avant-gardiste. Sublime, jamais égalée, il comblera tout fan de musique technique, barrée, et totalement folle. Envolez-vous avec Arcturus…