la section groupe complète sur
PunkFiction Webzine
Contexte :
Site en flash tout neuf, nouveau merchandising, c’est le 25 octobre 2005 qu’Inquisition est exhumé par A-F Records. Coup marketing ou réelle volonté de faire revivre un des groupes qui a créé au milieu des années 90 le son punk hardcore actuel, repris par tant de groupes d’aujourd’hui. Thomas Barnett de Strike Anywhere au chant, Rob Huddleston et Russ Jones d’Ann Beretta à la basse et aux fûts, et Mark Avery de River City High à la guitare ; avec un tel line-up on comprend un peu mieux le poids qu’a pu avoir l’unique album du groupe sorti fin 95, début 96 par Pop A Wheelie Records.
Chronique :
Pas besoin de vous resituer la vague punk mélo en pleine explosion lorsque fin 95 le groupe sort cet album au son encore incroyablement « actuel ». La preuve que le vrai rock n’roll est immortel diront certains. S’il respecte totalement la production de l’époque, niveau artwork, livret commenté etc… précisons cependant que le son de l’album n’est pas l’original, A-F records ayant remasterisé entièrement les 14 titres avec Alan Douches du West Side Studios mais sous la houlette attentive de Barnett. Les puristes regretteront peut-être cette façon de faire mais a mon avis, ce travail de restauration met d’autant plus en valeur la qualité et l’énergie originelle, et la prod est de toute façon loin d’être nickel ou aseptisée.
Richmond, Virginia, le 8 septembre 96, 5 ans après sa création, le dernier concert d’Inquisition a lieu en ouverture d’un petit groupe de Berkeley, Californie, du nom d’AFI. Californie et soleil face à une autre réalité, la vraie, celle de la côté Est, l’image d’Epinal a fait son temps, mais force est de constater qu’à long terme c’est bien le son punk-hardcore qui a depuis remporté le match quand on voit globalement l’état actuel du mélo. « Get a punk lesson ! » nous promet gaillardement A-F Records, même si un sentiment de joli coup de pub pour le label nous fait tiquer au premier abord. On baisse cependant bien vite les armes devant la force de cette galette de 14 titres. A une époque où les pseudo ‘all stars band’ se forment de-ci, de-là, faire la démarche inverse avec Inquisition est d’autant plus agréable ! Aaaah ! Entendre le morceau qui a donné son nom à Strike Anywhere et clamer les « Change our system ! Smash It, rebuild It ! »…
Il est tellement courant de dire aujourd’hui « ce groupe est cool même s’il n’invente rien », qu’il convient de ne pas se tromper sur l’aspect peut-être un peu ‘amateur’ de cet album. Le son qu’on entend-là c’est bien celui qui a précédé tout ce qui s’est fait après dans le genre.
« Ils étaient ce que le punk rock aurait dû devenir » a déclaré Pat Thetic d’Anti-Flag. Et on ne peut que l’appuyer : un punk rock abrasif dans les riffs et le chant, corrosif dans les paroles, fougueux dans le désintérêt révolutionnaire de l’époque pré-MTV et bondissant dans les lignes de basses monstrueuses de Rob Huddleston autant que dans les rythmiques au cordeau de « Copsong » ou « Warning », mes deux préférées. Un punk rock qui puise sa force dans la rage des « on peut changer les choses » et la sincérité des « rien à foutre », la fraîcheur des imperfections marche toujours à plein. Et fait tellement écho à l’idéal de punk rock de chacun de nous, qu’écouter à côté ne serait-ce qu’une note des dernières productions rimelisées de Victory, par exemple, provoque la nausée. Ce punk rock là n’est pas du même monde.
Il est indéniable que ce disque sort grâce au succès de Strike Anywhere, il n’aurait jamais revu le jour sinon. Mais reste tout de même du coup un sentiment, un bémol. Entre la compilation To Live In Discontent et ce disque, je ne peux m’empêcher de penser que ma fanitude pour Strike Anywhere, pour ce que ce groupe raconte, pour sa musique et sa démarche, s’alimente un peu trop du passé depuis quelques temps, j’en attends d’autant plus évidemment le prochain album sur Fat Wreck, mais il subsiste tout de même un malaise. La solution : d’abord une excellent album chez le gros michel pour rassurer tout le monde, et peut-être une reformation d’Inquisition, on a droit de rêver !
PUNKACHU !