
7 titres - 48:22 min
1/Cannon Hill
2/Gas street basin
3/Narrowboat
4/The rotunda
5/Augusta road
6/Daddylonglegs
7/Midpoint
Ce qui est étonnant chez les artisans de la musique electronique -- et je brasse large de l'IDM, la techno jusqu'aux parrains bruitistes de la harsh noise-- c'est que la plupart du temps ils préferent travailler seuls qu'a plusieurs. Dans bien des cas, on leur donnerait raison. D'après ma maigre culture musicale, il apparait souvent que quand deux de ces types décident de faire un disque ensemble, le résultat n'est qu'une addition de forces, parfois réussie (Merbow et Alec Empire, Karkowski et Toeplitz, etc...), mais où la cohérence et la pertinence n'est pas toujours de mise. A contrario, cette présente collaboration (nous sommes en 1997) entre The Higher Intelligence Agency (aka Bobby Bird) et Biosphere (aka Geir Jenssen) tend plutôt vers un équilibre, équilibre où les forces se compensent plutot qu'elles s'annulent. De fait, HIA et Biosphere sont des cousins liés par des concours de circonstances et non par atavisme. Leur première rencontre remonte a 1994 quand les organisateurs du Tromso’s Polar Music Festival les ont incité a faire un concert ensemble. Ce déflorage s'était soldé par Polar Sequences (sorti en 1996), piece d'orfevrerie nord-ambient qui pechait seulement par l'omniprésence de Jenssen, au détriment de Bird. L'expérience a été néanmoins fructueuse et c'est pourquoi 3 années plus tard, les deux compères ont remis le couvert, HIA "invitant" cette fois Biosphere chez lui à Birmingham. The Higher Intelligence Agency, début des nineties, c'était principalement Colourform et Freefloater, deux albums d'electro ambient typiquement british (ça rappelle les Selected Ambient Works mais 7-8 trop tard), convenables mais convenus, que certains portèrent aux nues sous l'étandard "dub ambient".
Ce Birmingham Frequencies, c'est "a live audio collaboration" au sein-même du plus beau monument architectural de la ville, la Rotonde. D'emblée, dès Canon Hill (du nom d'un parc de B'gham), on sent que HIA va mener la danse même si en arriere-plan, l'activité de Biosphere se fait sentir, notamment grâce à l'ajout des field recordings réalisés la semaine précédente. En effet, chaque instant sonore a été enregistré a un endroit différent de la ville et a été par la suite "integré" a la prestation du duo. On est fin Septembre par un dimanche ensoleillé : on entend des bruits d'enfants, on entend la nature s'exprimer et cela forme un background sur lequel HIA developpe à l'envi ses rythmiques electroniques. Et le voyage continue, il fait nuit a présent. Nous nous sommes déplacés vers le centre de Birmingham, longeant les canaux (Gas Street Basin). Les successions de beat sont plus rapides, enveloppées par les longues nappes ambientes distillées au compte goutte par Biosphere. Puis, on en vient a monter à bord d'une péniche (Narrowboat), le voyage va maintenant se poursuivre au fil de l'eau. Tout naturellement, Jenssen se retrouve plus a son aise dans ce cadre naturel, et instaure une atmosphere tantot onirique tantot mélancolique, qui prete a rever et on se laisse aller, comme si l'on était le bateau et que nous flottions nous-même. The Rotunda, quatrième morceau, nous extirpe de cette reverie. On s'eleve, on monte. Prendre de la hauteur pour avoir une meilleure vue d'ensemble. Au somment de la Rotonde, on a une vue panoramique sur toute la city rien de nous échappe. Dans cette atmosphere presque jazzy, version ambient de Perdition City, la nuit se fait plus inquiétante. La encore HIA se fait plus discret, se contentant se soutenir le propos de Biosphere au moyen de quelques mouvements electroniques. Et l'aventure se poursuit de plus belle. Cette fois on s'excentre, on bat le pavé dans la banlieue pour mieux observer les lumieres de la ville (Augusta Road). Ici, HIA et Biosphere utilisent a nouveau les field recording, on a le sentiment d'errer, au gré du vent, au gré de la nuit qui se termine. Nos pas foulent l'herbe d'un terrain vague tandis que des vieilles barques s'éreintent les flancs sur le bord du quai : on s'éloigne de la ville, sans aucun doute. Au détour d'une ruelle, vide de tout homme, on aperçoit un moustique prisonnier d'une lanterne et qui, symbole de fatalité s'il en est, se brule les ailes en essayant de survivre. HIA paracheve le voyage par un titre d'electro dub de 11min. quasi hypnotique, où Biosphere le rejoint en toute fin pour temperé l'effet grisant de la descente. C'est la fin du périple.
Quiconque a tenté un jour de chroniquer un disque d'ambient vous dira que c'est une tâche ardue, tant il est question de perception et d'impressions, puisqu'il y a plus matière a penser que manières a décrire. Je me contenterai de conclure en disant qu'avec ce concert, HIA & Biosphere, de part leur talent incontestable, nous ont montré Birmingham sous un angle nouveau. Birmingham, siège de la révolution industrielle, se départit de son enveloppe charnelle de béton et d'acier. Exit les fumées noires des usines comme autant de particules souillant l'air pur. Exit l'aspect urbain, reste l'ame de la ville. Elle apparait ici lumineuse, chaleureuse et humaine, en un mot vivante. Parce que c'est la résultante de la symbiose de deux artistes fait pour travailler ensemble, chacun sublimant le travail de l'autre, cette collaboration exige qu'on s'y intéresse, nécéssite qu'on s'en impreigne et surtout mérite qu'on l'écoute.