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Version complète : Musique Contemporaine / Musique Moderne
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manulerider
Un de mes petits camarades m'a donné la sympathique idée de faire un petit topo sur la musique contemporaine à laquelle je m'intéresse depuis bien des années, bien aidé par un bon ami qui étudie là dedans. Je sais qu'il y a d'autres amateurs dans le coin, donc j'espère que le sujet vivra un peu!


Le sujet est vaste, extrêmement vaste et nécessiterait plusieurs vies si l'on voulait étudier le sujet en profondeur, d'autant plus que là, c'est plus du rock'n'roll, il est beaucoup moins question de feeling (encore que) mais de travail acharné, méthodique, scientifique pour certains. Le monde des compositeurs est un autre monde, formaliste, régi et rigoureux, un monde où des types peuvent avoir un orgasme rien qu'en lisant une partition d'œuvre avec 30 instruments en parallèle, où certains maitrisent beaucoup d'instruments et ont en tête quantité d'informations et de techniques théorisées. Vues les techniques et la théorie musicale développée, nous autres mortels ne pouvons souvent pas saisir la portée de toutes ces compositions modernes et contemporaines, qui donnent parfois des résultats très difficiles d'accès, par des compositeurs, pour des compositeurs. Cela fait fuir parfois, la surenchère de concepts en fait parfois passer certains pour foireux (un peu comme l'urinoir de Duchamp qui est tant décrié). Après, chacun y trouve son compte. Pour moi, plus c'est farfelu, intellectuel et plus ça me plait ^^

Musique Contemporaine, Musique Moderne. Pour la différence entre les deux termes, c'est un peu comme en peinture, la musique moderne constitue l'ensemble des grands pontes connus et reconnus par les "instances" artistiques, donc en gros la première moitié du XX° siècle ainsi que les prémices présentes au XIX°S. Et la musique contemporaine représente tout le foutoir qui s'en suit où chacun revendique (ou pas) avoir apporté plus que l'autre, créé le courant le plus novateur.

La musique moderne est l'évolution logique de la musique qui suit la loi d'évolution de l'art. Milieu à fin du XIX° siècle, la musique a atteint le summum de sa création, a inventé toutes les structures théoriques de construction possibles et imaginables, a formalisé et vissé dans les mentalités un savoir-faire occidental, ayant toujours été dans une logique de représentation, de "mise en musique", d'illustration. Emboitant le pas aux peintres contemporains, des petits malins ont la riche idée afin d'innover, non plus de construire, mais de déconstruire, en tordant, supprimant, dissonant, petit à petit, pour détruire la musique, générant au passage bien des scandales. voilà pour l'idée générale, après, il y a bien des manières de procéder avant d'arriver au Silence de John Cage (qui considère qu'il est musique), soit une musique totalement détruite.


Bref, le but ici n'est pas de refaire toute l'histoire du courant, mais de présenter les choses que j'ai trouvées et qui me semblent les plus intéressantes, ou notables tout du moins. Je suis loin d'en avoir fait le tour, et chacun apportera sa pierre.


Je passerai pour l'instant sur les prémices de la musique moderne, je citerai en vrac Wagner, Mahler, Liszt, Debussy (premier à réintroduire la musique modale en tant que telle, donc à sortir des gammes occidentales, et qui s'est aussi intéressé à des influences folkloriques au passage), Schoenberg (musique atonale, je conseille quand même le Pierrot Lunaire, un must have pour bien se rendre compte de ce qu'est l'atonalité), Bartok, Jean Passe et Jean Noublie que chacun pourra aller découvrir de son plein gré. Tout cela reste tout de même très "classique" dans l'esprit.

Voici une sélection d'oeuvres et compositeurs que je vais essayer d'ordonner comme je peux ^^

* Erik Satie (1866 - 1925) :



Le Sieur Satie était un proche du mouvement dada, très autodérisoire, chose peu commune dans le milieu de la musique à l'époque, qui lui permettra de briser bien des règles sans complexe. Classique de chez classiques, les Gymnopédies et les Gnossiennes de Satie (pièces pour piano) sont simplement magiques, légères, fines, belles, le tout sans que l'on se rende vraiment compte à l'écoute que tout transgresse bon nombre de conventions, notamment le fait que comme jamais, la musique est lancinante, sensuelle, étirée, presque de l'ambiant...

Une Gymnopédie à écouter.


* Kurt Shwitters (1887 - 1948) :




Alors lui je l'ai particulièrement à coeur, même si ça plaira à personne et que ce n'est pas vraiment de la musique moderne pour le coup.... Ce mec en 1919 inventait le Merz, un nom barbare désignant l'utilisation de syllabes, de bouts de poemes, pour en faire une substance sonore. En sont notamment nées les Ursonates, que je vous laisse écouter pour voir de quoi il retourne ^^
Ursonate



* Colin McPhee (1900 - 1964) - les débuts de la musique répétitive :

McPhee est comme tous les compositeurs de musique répétitive d'aujourd'hui allé faire un tour dans des pays exotiques, à Bali exactement, d'où il a ramené des tas d'idées, notamment celle de répéter de courtes phrases en les faisant évoluer très lentement de répétitions en répétitions. Tabuha-Tabuhan (1936) est juste la première oeuvre de musique répétitive, 30 ans avant les Glass, Reich et compagnie...

Tabu Tabuhan



* Olivier Messiaen (1908 - 1992) :




Dur pour moi d'avoir une analyse très précise de ce mec, mais une des figures de la musique contemporaine française, qui a énormément étudié le chant des oiseaux, et qui a développé le sérialisme assez loin à tel point qu'on ne saisit plus vraiment que ça en est. Sa musique est difficille, étirée, lente, douloureuse, dissone et surprend toujours.
Son quatuor pour la fin des temps est un mythe, composé dans un camp de transit au début de la guerre, la pièce sera finalement sauvée avec la libération de Messiaen qui pourra la jouer et sauver la partition.

Quatuor pour la fin des temps - 3° mouvement.



* Pierre Schaeffer (1910 - 1995) & Pierre Henry (B 1927) - La musique concrète :


Là c'est du lourd, LA révolution dans la musique à mon sens de cette deuxième moitié de XX° siècle. La musique concrète, c'est simple, c'est utiliser n'importe quels son et en faire de la musique, des sons "concrets" donc, pas des sons produits par des instruments qui n'ont que pour finalité d'être instrument.

Henry et Schaeffer ont créé un département de recherche qui a travaillé sur le concept pendant des années, tant celui-ci était révolutionnaire. Évidemment, tout cela n'a été possible que moyennant une évolution technique assez grande, pour pouvoir fixer tous ces sons sur un support et les reproduire. Les installations de PH sont parfois devenues folles, dans la mesure où il utilisait en gros des systèmes pour lesquels "une machine = un enregistrement" et des commandes ultra complexes permettant de lancer chaque enregistrement indépendamment l'un de l'autre.



Bien sur, ça s'est simplifié avec le temps, mais on n'a ni plus ni moins que l'ancêtre du sample ici, et de par l'usage qu'en ont fait les deux Pierre, également l'ancêtre de la noise et de la musique industrielle. Rien que ça, pour deux mecs, ça fait pas mal. Schaeffer ayant conceptualisé la musique concrète, c'est Henry qui a développé le truc au maximum, et il continue encore.

La symphonie pour un homme seule, signée conjointement des deux hommes, est une merveille.

La messe pour le temps présent de Pierre Henry est souvent citée, mais est franchement peu intéressante... parce qu'il a su aussi rendre son affaire commerciale et a fricoté avec une bonne partie de l'élite artistique française, se prostituant parfois un peu à mon goût, Par exemplemais bon.

Pour moi, l'ultime de PH, bien que j'aie pas tout écouté, c'est L'apocalypse de Jean, et la 10° Symphonie de Beethoven (rien que le concept est dingue...)





* György Ligeti (1923 - 2006) :




Ligeti était un extra terrestre, un touche à tout. J'avoue que je suis loin d'avoir tout exploré, mais il m'attire énormément. Mon ami m'en parle beaucoup, c'est surréaliste tout ça, à côté Meshuggah c'est des petits joueurs. Il déforme le rythme, la tonalité comme personne, mélange sérialisme, atonalité, polyrythmie, tout vole en éclat avec ce type.
On m'expliquait encore l'autre jour, que certaines de ses pièces nécessitent plusieurs années de travail par des interprètes excellents, et qu'ils en sont toujours à un résultat perfectible. Il peut utiliser des phrases/schémas extrêmement longues/longs, et décaler à chaque itération d'une demi croche la main droite de la main gauche, une sorte de déphasage, enfin, vraiment le truc de fils de pute, et encore, j'explique super mal. Mais du coup, c'est génial, absolument génial!

Rien que ça.....WTF!

Je cite aussi les 3 pièces pour deux pianos, complètement hallucinantes elles aussi, bien que moins évidentes que cette interprétation de l'escalier du diable qui est particulièrement folle.

http://www.youtube.com/watch?v=A_MoArW3AyA

Et dernier point remarquable, ce Concert pour 100 métronomes qui montre à quel point Ligeti avait l'amour de la polyrythmie, et là, Haake est battu à plate couture... Ca me fera une parfaite transition pour la suite du topic plus tard, où il me reste à parler de plein d'autres types assez chambourcins, à commencer par John Cage et ses nombreux concepts à la con.
yoda_superstar
Haaa tu me fais bien plaisir mon cher Manu !!

Je me rends compte que j'ai jamais écouté McPhee (Colin en tout cas^^) et que ça a l'air intéressant.

Pour Kurt Schwitters et son Merz c'est évidemment lui qui a donné son nom à Merzbow (Merzbau à l'origine), pour l'anecdote.

Et je tiens à préciser (pour ce que ça vaut) que Messiaen est avignonnais, c'est un peu notre (seule) fierté musicale.. et son Abîme Des Oiseaux est juste bourré d'émotion et de musicalité (mais absolument pas de pathos ici).


J'essaierai de parler de ceux que j'aime bien si j'ai la motivation..
mich
Excellent topic Manu.

je réalise que j'ai qq bases connaissant assez bien les artistes que tu regroupes sous la bannière "prémices de la musique moderne".
Mais j'ai encore pleins de découvertes à faire et je compte bien me servir de ce topic.
manulerider
Bah c'est fait pour ça!

En tout cas, au niveau théorique, TOUT ce qu'on écoute en musiques actuelles existe depuis des plombes en musique contemporaine. Après, les attitudes autour, c'est encore autre chose (bien que pas mal de compositeurs aient été bien décriés et provocateurs), mais donc c'est pour ça que j'y trouve mon compte, ça me permet être une excellente sphère à étudier pour permettre de comprendre l'ensemble des autres musiques plus facilement.
Plunk
Ouah ! Merci pour le topo, vivement la suite (je suppose qu'on va passer par Glass, Reich, Boulez...). wink.gif

Ton Ligeti fait un peu peur. Meshuggah est battu, en effet.
Chorizo
Merci beaucoup pour le topic, ça permettra de remettre un peu les choses en ordre de mon côté.
Chain
Aaaaaaaaaaaah topic de barbare fou !! Je connais de nom à peu près tous les compositeurs mais je me suis pas encore plongé dedans : tous les trucs romantiques post beethov à voir d'abord.... Satie fait partie de mes compositeurs préférés en tout cas (avec Chopin y'a guère que lui que j'adore niveau pièces pour piano). Je tiens à préciser que niveau révolution, Satie s'est affranchi de la musique mesurée (regardez une partition, et prenez peur) et commençait à malmener la tonalité en refusant catégoriquement le moindre demi-ton : ce qui donne une musique très mélodique, très pleine, mais où l'habitué du tonal a aucune idée d'où il est et d'où il va : disparue les sensibles et les altérations naturelles, ici tout est accidentel au nom de la simplicité...

Par contre il me semble que c'est pas Debussy le premier a réintroduire la musique modale dans un contexte savant, je crois que les russes l'ont fait avant lui (Glinka et sa gamme par tons dans Russland et Ludmilla). Les russes (enfin, le groupe des 5 surtout) étaient passionnés par la musique orientale et folklorique, et généralement ils annonçaient pas mal ce qui se faisait en France (ils étaient très très influencés par ce qui se faisait en France). Mangez-en du groupe des 5, ça annonce grandement tout ce qui va se faire après dans la maltraitance de la tonalité. Donc bouffez du Balakirev (Islamey bordel !), Borodin (Steppes de l'asie centrale), Moussorgsky (Tableaux d'une exposition/nuit sur le mont chauve, puis sa période Réaliste avec Boris Godunov), Cui, Rimsky-Korsakov (spécialement ses opéras fantastiques où il crée une échelle octatonique pour évoquer les mondes fantastiques. Ultime !).
Pierre Henry et toute la musique concrète c'est magique aussi, presque surréaliste. J'aurais bien vu ce genre de compositeurs travailler avec un Dali ou un Bunuel, haha. C'aurait été intéressant biggrin.gif Par contre je connais pas du tout les délires de Lygeti, je connais sa musique de chambre (notamment les bagatelles pour quintette à vent) qui sont peut être ce que je préfère dans le style mais ses expérimentations, pas du tout... Quant à Messiaen je le déteste. Non pas parce que c'est un connard et que j'aime pas sa musique, mais juste parce qu'il a tellement malmené le solfège et les règles de l'harmonie que j'en pleure à chaque fois que je dois bosser ses modes hahahhahahahahahaha
Jamais entendu parler de Schwitters et McGee en revanche.... Mais bon j'suis plus médiéval que contemporain moi (Dufay wub.gif)

Dis-moi manu, les futuristes italiens ça te parle ? Et l'autre taré de Xenakis biggrin.gif ?
Je rajouterais bien Fauré et Schönberg dans les précurseurs sinon...


Ah pis j'ai envie de dire : les principes mélodiques et harmoniques qu'on retrouve dans la musique actuelle, surtout celles qu'on écoute tous à priori sur ce forum... ça existe depuis la Renaissance. C'est juste pas les mêmes instruments
manulerider
Ouais en effet, 95% des musiques actuelles se base sur des schémas rythmiques et de tonalité qui existent depuis des siècles. Après, quand tu farfouilles du côté des musiques expérimentales, t'as quand même des gens qui utilisent la musique concrète énormément, la dissonance est ultré répandue, sans parler du sérialisme (même s'il n'est jamais nommé comme ça).

Bref, après ouais, c'est certainement vrai pour Debussy ce que tu dis, mais ça c'est un peu le propre de l'art à la française, penser que tout s'est fait par ici. Ca m'étonne pas pour tous ces russes dont tu parles, je vais me pencher sur la question, même si ça prendra des plombes!

Mais c'est franchement cool que tu fasses des études de musicologie, tu vas apporter plein de détails que j'ai pas, et qui sont assez croustillants!

Xenakis ouais, je vais en parler wink.gif Et les futuristes italiens, j'ai fait l'impasse, je connais que Russolo, mais si tu te sens de faire un topo, fais donc. Et j'avais pas oublié Schönberg! Par contre Fauré, en effet j'aurais pu le mettre, comme d'autres certainement, mais son requiem est une merveille effectivement. Je le trouve encore presque trop "classique" en fait.

si tu détestes Messiaen, tu vas mettre Ligeti sur un bucher!
Chain
Je suis sûr que je vais aimer messiaen hein haha, c'est juste que j'étudie des trucs qu'il a fait dans mes cours de solfège et que c'est violent (putain de mode 2 de MEEEEEEEEEEEEERDE je m'y ferais jamais)

j'ai envie de dire que la dissonance aussi c'est super vieux, quand t'écoutes des chants corses ou les polyphonies religieuses sardes, il en pleut des dissonances, mais c'est un autre sujet, plus médiéval/traditionnel donc on va éviter de faire dévier. Je connais pas encore assez les futuristes par contre, je posais la question justement pour ça, mais je vais aller me renseigner ils m'intéressent depuis un moment smile.gif
Craipo
Yes, super sujet. Moi qui n'y connais vraiment pas grand chose ça risque de m'intéresser au plus haut point!

CITATION(manulerider @ 17.10.2009 - 00:59) *

ah ouais quand même.
<3
Neocreed
En ce qui me concerne je déteste le romantisme pour ce que j'en ai écouté. Je n'aime pas Liszt, et les trucs qui m'ont le plus horripilé sont sans doute ceux de Moussorgsky. Je trouve ça trop picaresque, ca manque de sobriété et j'ai énormement de mal a me retenir de vomir quand j'écoute ça.

Je plussoie sur l'oeuvre de Satie qui est très intéressante et pour laquelle j'ai beaucoup de considération.
Plus proche de nous, j'ai également apprécié le travail de Penderecki, notamment son Thrène à la mémoire des victimes d'Hiroshima.

Après on lorgne vite vers des choses comme le minimalisme de Pärt ou de choses qu'il conviendrait plus de rapprocher aux premieres heures de la musique electronique comme le sérialisme de Stockhausen dont l'oeuvre, trèèèèès vaste, est vraiment fantastique. Ce n'est pas tant le rendu musical que les concepts sonores et la maniere de faire, presqu'artisanale, qui sont révolutionnaires.

On peut dériver comme ça jusqu'aux travails de Young, de Lucier, de Riley, de Glass, etc.. qui eux aussi sont vraiment fondateurs mais on n'est peut etre plus dans le cadre de ce thread.
manulerider
Sisi, j'y viendrai par la suite ^^
Chain
CITATION(Neocreed @ 17.10.2009 - 20:57) *
En ce qui me concerne je déteste le romantisme pour ce que j'en ai écouté. Je n'aime pas Liszt, et les trucs qui m'ont le plus horripilé sont sans doute ceux de Moussorgsky. Je trouve ça trop picaresque, ca manque de sobriété et j'ai énormement de mal a me retenir de vomir quand j'écoute ça.


hahaha, t'as pas de goûts !

Sans déconner, t'as écouté quoi de Moussorgsky ? Essaie sa période réaliste (Boris Godunov), ça sera plus dans tes goûts je pense. Les français aussi en général je pense (la SNM, pas les imitateurs de Wagner/Rossini).
kern
CITATION(manulerider @ 17.10.2009 - 10:05) *
Bah c'est fait pour ça!

En tout cas, au niveau théorique, TOUT ce qu'on écoute en musiques actuelles existe depuis des plombes en musique contemporaine. Après, les attitudes autour, c'est encore autre chose (bien que pas mal de compositeurs aient été bien décriés et provocateurs), mais donc c'est pour ça que j'y trouve mon compte, ça me permet être une excellente sphère à étudier pour permettre de comprendre l'ensemble des autres musiques plus facilement.


Très intéressant effectivement.

Pour l'heure j'écoute beaucoup de musique minimaliste, La Monte Young, Charlemagne Palestine, ou des musique répétitive, Reich etc...
Beaucoup de création sont partie du travail de John Cage.

Au risque de me tromper, je trouve que les musique du début du XXéme siècle manque particulièrement d'émotion. C'est conceptuel, avant gardiste et mathématique presque un simple jeu d'écrit musicale.
J'ai le sentiment que c'est vraiment après les année 50 au état-unis que le concept est devenu référence avec l'apport de la musique indienne par exemple...Pandit Pran Nath pour La Monte Young, etc...tous cela a apporter une couleur, un ton, une âme qu'il manquait par le passé.

Ce n'est que mon sentiment...
(A l'image de l'utilisation du Telharmonium a ces debut et du synthétiseur actuellement ou depuis 30 ans, je dis bien, à l'image)

(en même temps dans le métal, je me sent plus proche de l'esprit Neurosis que Meshuggien si je peut le dire ainsi)
HellGrinder
Très bon topic. ^^

Globalement il n'y a que L'escalier du Diable qui m'ai plu. C'est dissonant, frénétique... le genre d'ingrédients qui me plaisent. biggrin.gif J'avais déjà porté l'oreille sur Ligeti grâce à Last.fm, mais ce que j'avais pu entendre de n'avait globalement pas accroché.
Un monsieur dont j'ai maintes fois parlé, et qui a je pense sa place ici, Alfred Schnittke. J'aime beaucoup son travail sur la dissonance et la répétition, et sa manie de faire croire à l'auditeur qu'il va respirer, grâce à un passage plus conventionnel, pour rapidement le déformer en quelque chose d'horrible et tétanisant. Bref, c'est glauque, malsain, globalement non "mélodieux", pas surprenant que ça me plaise quand on me connait. tongue.gif
Morceaux choisis:
http://www.youtube.com/watch?v=Qz0zAd37cII...=PL&index=1
http://www.youtube.com/watch?v=XrmJM8oVFUg...feature=related

Normal que Xénakis soit cité aussi. ^^ J'admets ne pas connaitre profondément son travail, et des vidéos que j'ai pu voir, il n'y a que ceci qui m'ai vraiment plu:
http://www.youtube.com/watch?v=9pBMxp8EJFA
http://www.youtube.com/watch?v=L6YpYKPcEBQ...feature=related
La partition du piano fait assez peur. ^^ L'ensemble est franchement angoissant, plutôt bruitiste, et franchement jouissif.
yoda_superstar
Haha HG, j'étais sûr que t'allais parler de Schnittke.. ^^ J'avais écouté un album sur lequel se trouvait le concerto pour violoncelle (si mes souvenirs sont bons) et ça m'avait un peu endormi plus qu'effrayé.. je dois dire que dans le style "qui fait peur" je me suis bien plus chié dessus en écoutant Penderecki (cité plus haut par Neocreed).

Pour Xenakis, là encore y a une oeuvre qui a l'air imposante et tout ce que j'en ai écouté ne m'a pas forcément plus. Y a surtout le terrible La Légende D'Eer qui demanderait plusieurs réécoutes mais qui marque assez.
HellGrinder
Chez Schnittke tout n'a pas la même intensité glauque, et y'a des compositions assez gentillettes oui. tongue.gif
J'avais oublié de parler de Penderecki ouais, j'ai un concerto pour violoncelle bien flippant. ^^ Si d'ailleurs quelqu'un peut me conseiller sur ses pièces les plus sombres, je suis preneur.
manulerider
Haha ouais, vieille canaille, j'ai pas cité Schnittke, et j'avais oublié que t'étais über fan. C'est clair que ça se rapproche bien de Ligeti dans l'esprit atonal et violent (bien que Ligeti ait touché à tout). Je t'avoue que je connais sans plus Schnittke, si tu peux faire un petit topo ^^

Xenakis, je préfère largement ses travaux pour percussions que ses travaux pour orchestres, mais faudrait que je me replonge un peu dedans pour voir.

Bon sinon, je vais essayer de me motiver à faire ma deuxième partie de topo, qui intéressera ptetre plus de monde, sur le minimalisme.
manulerider
Allez, deuxième partie de mes compositeurs fétiches, histoire d'alimenter et de faire découvrir. J'ai gardé la musique minimaliste et les trucs les plus accessibles pour la fin, ça devrait plaire à plus de monde cette fois-ci.


* Raymond Scott (1908 - 1994) - La naissance de la musique electronique.



Raymond Scott a été un réel visionnaire, très tôt, dans les années 30, après avoir étudié la composition, et formé également un quintette de jazz qu'il mènera jusqu'à tard dans sa vie (d'ailleurs on retient plus cet aspect de la musique de Scott...bref), il a eu envie de créer des sons synthétiques autrement que par le bidouillage de bandes magnétiques, le seul procédé alors utilisé. En créant l'electronium, une sorte d'ancêtre du synthétiseur, il s'est ouvert des possibilités de compositions innombrables. Ses recherches ont même abouti à la formation d'un groupe de recherche sur le sujet, nommé Manhattan Research, qui, à l'époque, constituait certainement une source d'excitation et de travail intarissable.
Bref, les premières applications de sa musique allèrent naturellement de pair avec toute technologie capable de diffuser du son, c'est comme cela que Scott et le Manhattan Research ont composé beaucoup pour des musiques de publicité à la télé puis à la radio. Les fameux sons kitsch dans les pubs de lessive en somme.

Je conseille les deux volumes des Manhattan Research. S'il y a des trucs complètement vieillots et un peu minables (faut dire ce qui est), d'autres compositions sont totalement géniales et n'ont pas pris une ride.

Les merveilles de l'harmonium.

Un aperçu de l'instrument en lui même.

Lightworks. (une de mes chansons préférées, tous genres confondus, dites vous bien en l'écoutant qu'elle a été composée dans les années 50).



* Moondog (1916 - 1999) - l'inclassable irréductible :





Moondog est fort connu pour ce thème (Bird's Lament), que vous connaissez probablement et qui est une pure merveille. Il faut savoir que l'histoire de ce mec est assez folle, il perd la vue très jeune dans un accident, alors qu'il ne connait pas grand chose à la musique, et ce handicap va lui permettre de s'y mettre justement. Après avoir suivi des cours des années durant, il se rend à New York où il décide de se faire appeler Moondog, en vagabond (il a vécu dans la rue des années durant) qu'il est et restera jusqu'à la fin de sa vie. Personnage à part entière des rues de NY, il compose un nombre d'oeuvres énorme. J'aimerais d'ailleurs en savoir un peu plus, je me demande comment il a fait...
Deux aspects sont importants dans sa musique :
- l'utilisation de rythmiques du monde, indiennes, amérindiennes, agencées en polyrythmies répétitives (bien que Moondog ait toujours réfuté l'appartenance au courant) avec des Patterns récurrents de composition en composition.
- l'utilisation d'écriture en canon et contrepoint, procédés qui par essence font partie de la musique romantique et sont fort contraignants.

Il a également composé plusieurs oeuvres orchestrales, mais à mon sens, ses disques les plus intéressants sont The Story Of Moondog, More Moondog, Elpmas, Moondog, etc, tous des sortes de compilations de titres composés à une période donnée.

Viking 1 un exemple de ses polyrythmies en canon.

Stamping Ground



* John Cage (1912 - 1992) - le happening musical




Cage est un peu celui par qui le vieux débat sur la fumisterie de l'art contemporain a eu pas mal d'eau au moulin. Perso je le trouve génial. Pas la peine de s'attarder sur ses compositions en elle même (quoiqu'il y en ait des intéressantes), retenons ses concepts les plus fous, le piano préparé (un piano dans lequel il insère des objets sur ou entre les cordes afin de modifier le son), sa composition pour orgue qui est jouée depuis les années 70 dans un orgue en allemagne et qui s'achèvera dans une centaine d'années, avec un changement de note à peu près tous les 25 ans) et bien evidemment les fort célèbres 4'33, 4'33 de silence pur, écrites sur partition, visant à utiliser les sons de la salle dans laquelle la composition est interprétée, ce qui vise à donner une version de l'oeuvre différente à chaque interprétation. A noter que l'oeuvre a été déclinée pour plusieurs instruments ^^




La Musique minimaliste :


Les répétitifs :


* Terry Riley (B 1935)- le patron.




Avec La Monte Young, qui fut son meilleur ami, Terry Riley est celui qui a révélé la musique répétitive à la génération beatnik. Les drogues type LSD expliquent largement l'intrusion du psychédélisme et du côté hypnotique de la musique répétitive à ce moment précis de l'histoire. Ses compositions les plus célèbres et appréciées reposent sur l'utilisation de thèmes courts répétés indéfiniment avec de légères modifications apparaissant au cours du temps, la plupart du temps de manière aléatoire. In C (extrait), son oeuvre la plus appréciée, est une combinaison successive d'une cinquantaine de thèmes joués de manière aléatoire par des musiciens. C'est une pure merveille, envoutante et folle à la fois, plusieurs versions existent, je crois pas en avoir écouté une mauvaise, bien que celle enregistrée originellement soit la plus intéressante.

Riley subsiste néanmoins comme le compositeur le plus libre et rock'n'roll de musique répétitive et revêt presque le statut de rockstar, Reich et Glass étant deux théoriciens abatteurs de travail.


*Steve Reich (B 1936) - le théoricien méthodique.



Contrairement à Riley, Reich va utiliser le répétitisme de manière académique et très précise. Le hasard n'a nullement sa place dans sa musique. Son travail le mène à un moment donné à découvrir le concept de déphasage, en travaillant avec des magnétophones un poil usés, qui du coup ralentissement légèrement, alternant synchronisme et asynchronisme avec la musique ajoutée. Il ne suffit plus qu'à transcrire la chose sur partition (avec utilisation des mathématiques), et le résultat semblant très simple à l'oreille est en réalité d'une complexité incroyable, tant les déphasages utilisés sont parfois lents. Exemple.

Bref, et le résultat est à chialer. A écouter absolument une fois dans sa vie, Music for 18 Musicians. Un extrait. Et Un Autre.

A écouter également, Different Trains, Music For The Desert, Extet, six Marimbas, etc, etc



*Philip Glass (B 1937) - le répétitisme à Hollywood.




Compositeur ultra-prolifique, Glass est aussi détesté (par l'élite de la musique contemporaine notamment) qu'il est adulé (de par la beauté de sa musique). Il est à l'heure actuelle certainement le seul compositeur en vie à pouvoir remplir des salles immenses partout dans le monde.

Sa démarche est à peu près identique à celle de Reich, sans l'utilisation du déphasage il me semble, sauf qu'il a touché à tous les aspects de la composition, opéras, symphonies, pièces pour piano seul, quartet, etc, etc, là où riley a souvent utilisé uniquement des formations et ensembles bien spécifiques.

Je trouve ses premières études théoriques très très intéressantes, notamment Two Pages, Contrary Motions, Music In Similar Motions, Music In Fifths (1969), un ensemble de 4 pièces composées sur une base de 4/5 notes chacune, répétées à l'infini et combinées dans tous les sens.
Par la suite, ses compositions jusqu'au début des années 80 sont à tomber par terre, ses opéra Akhnaten, Einstein On The Beach, ou bien ses Piano works. Plus tard, il se contentera de réitérer les mêmes schémas pour un nombre incalculable de films hollywoodiens, et bien que sa musique soit toujours agréable à l'oreille, elle n'a toujours pas évolué depuis les années 80.

A voir quand même, les deux premiers films de la trilogie Qatsi, Koyaanisqatsi ( extrait) et Powaqatsi.

Mad Rush






Voilà voilà pour la deuxième partie, je voulais parler d'Arvo Part, mais j'ai faim.
Chain
Oh putain, je viends me prendre une baffe monumentale avec Moondog que je connais depuis des années sans jamais avoir écouté. C'est INCROYABLE ce truc, il malmène des vieux principes et les rend complètement actuels blink.gif... Le stamping ground est SUPER impressionant sur ce plan (hahaha du coup je crois avoir trouvé d'où vient 90 % de la musique de Fabio Frizzi !). Putain, on dirait Ravel sous LSD...

Par contre je vais te corriger sur un point : le canon et le contrepoint c'est pas du tout une spécificité romantique, ça date de l'ars nova (XIVème), spécialement dans la polyphonie franco flamande (voir De Machaut, Dufay (nuper rosarum flores), Desprez...) . Si on en trouve beaucoup à la période romantique, c'est parce que pas mal de compositeurs (français notamment) vont redécouvrir la musique antérieure à la renaissance et la transposer dans un contexte tonal (pour la petite histoire, à cette période un groupe de moines de la sarthe très mécontent de la tournure qu'avait pris la musique religieuse, va fonder une école de chant grégorien traditionnel, ça va lancer une vague de chant ancien un peu partout en France et dans le reste du monde. On découvre au même moment les possibilités des musiques traditionnelles d'ailleurs)

Raymond Scott ça a l'air super balèze, j'avais rapidement entrevu son travail y'a un an ou deux et survolé les Manhattan Research en cours mais là ça donne envie !
Terry Riley j'ai un peu l'impression d'une musique pour messe satanique de hippies mansoniens hahahahaha, le genre de musique qui aurait collé à I Drink Your Blood en son temps laugh.gif pour le coup en répétitif je crois que c'est Reich que je préfère (le Music for 18 musicians que j'ai épuisé y'a plus de deux ans déjà), il a une façon d'utiliser le timbre que j'aime beaucoup. Glass j'ai un peu de mal, faudrait que je voie sa trilogie ça me parlerait plus je pense...

Le cas John Cage, c'est un peu le gâchis typique du contemporain je trouve... un concept très fort, tellement fort qu'il se suffit et que le produit final ne ressemble à rien. On a un beau concept pour réfléchir mais rien de concret pour s'y appuyer... Autant j'adhère à fond aux concepts, autant le reste bah bouerf.


Rah faut que je chope tout ce qui sort de ce topiiiiiiiic !
Neocreed
En fait Moondog n'est pas resté toute sa vie a NY puisqu'il est parti a Berlin fin années 70 (en 77 je crois), d'ou le nom des German Years (2xCD) qu'il a sorti a la fin de sa vie et qui contiennent leur lot de pépites et de morceaux inutiles.
manulerider
Ouais Jay, en parlant du contrepoint et du canon, j'ai évoqué la musique romantique parce que c'est à ça que faisait référence Moondog, et qu'à cette période, c'était plus qu'hyper répandu. Il est évident que ces procédés sont vieux comme le monde, et étaient déjà répandus au moyen age. wink.gif

Creed : je savais même pas tu vois, j'étais persuadé qu'il était resté à NY jusqu'à la fin de sa vie. Mea culpa.
Chain
CITATION(manulerider @ 07.11.2009 - 13:40) *
Ouais Jay, en parlant du contrepoint et du canon, j'ai évoqué la musique romantique parce que c'est à ça que faisait référence Moondog, et qu'à cette période, c'était plus qu'hyper répandu. Il est évident que ces procédés sont vieux comme le monde, et étaient déjà répandus au moyen age. wink.gif


j'avais pas compris ça, dit comme ça c'est plus clair.

Grosse baffe le moondog en tout cas !
älva
J'ai également bien accroché au morceau de Moondog, un conseil pour attaquer la disco?
Neocreed
je te dirai en premier The Viking of the sixth avenue.

apres si t'aimes tu fais les deux s/t puis More Moondog
älva
Je n'en attendais pas moins de vous mon cher!
manulerider
Ouais, j'aurais dit direct les deux éponymes, mais le Viking de la sixième avenue, c'est un bon moyen pour commencer, y a peu de déchets comparé à certains autres disques de Moondog.

Je trouve ça cool que ça fasse l'unanimité ce mec, y a une telle spontanéité dans sa musique, un feeling vraiment unique, je sais pas comment expliquer. Moodog ne ressemble à personne d'autre, comme un type hors du temps et des lieux, un fantôme. Et puis bon, les canons, de tout temps, ça a été un bon moyen de donner une puissance monumentale à des mélodies simples, et le bougre a vraiment su en tirer partie pour créer un truc qui prend aux trippes. M'est avis que sa perte de la vue y est pour beaucoup, les sensations découlant de son écoute devaient être décuplées, lui donnant un idéal tonal probablement bien différent de celui de nous autres, pauvres personnes dotées de la vue que nous sommes.
Plunk
CITATION(manulerider @ 07.11.2009 - 13:04) *
et bien evidemment les fort célèbres 4'33, 4'33 de silence pur, écrites sur partition, visant à utiliser les sons de la salle dans laquelle la composition est interprétée, ce qui vise à donner une version de l'oeuvre différente à chaque interprétation.

Hahaha !! Enfin je tombe sur une représentation de cette "musique". biggrin.gif J'adore comment tout le monde tousse au moment où il change de page.
Faut que je l'apprenne à la guitare.


Pour Moondog, je vois pas ce que vous y trouvez de si génial mais en fait je comprends rien à ce que vous dites quand vous parlez de lui, alors... C'est quoi, déjà, un canon ?
Chain
Une même mélodie jouée en décalé par deux instruments.

(en gros)
yoda_superstar
A noter que Moondog a également inventé plusieurs instruments de musique faits de bric et de broc qu'il a probablement utilisé dans ses compositions d'ailleurs..
Plunk
CITATION(Klay @ 07.11.2009 - 16:19) *
Une même mélodie jouée en décalé par deux instruments.

(en gros)

Ah oui, je crois que je l'ai repéré sur Stamping Ground.
raikage
CITATION(Plunk @ 07.11.2009 - 16:18) *
C'est quoi, déjà, un canon ?

Désolé j'ai pas pu résister :
Viendras tu donc bel ami ?
kanashibari
QUOTE(Klay @ 07.11.2009 - 16:19) *
Une même mélodie jouée en décalé par deux instruments.

(en gros)


Hah ouais, Iron Maiden composent donc des canons

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