
PETITS CHIENS MALINS
MELVINS - Nude With Boots [Ipecac - 23 Juin 2008]
J’ai failli descendre. Descendre ce disque. Déçu j’étais. Pauvre petit...
Ouaip, aux premières écoutes, ce disque m’avait complètement désorienté, déçu, même, oui-oui. Pas de plaisir immédiat, mais un sentiment d’incohérence, l’impression d’écouter deux albums mélangés en un, avec des morceaux qui n’en finissent pas ou sont coupés brutalement, les laissant sans résolution, envol ou développement, comme une fille chauffée humide brusquement oubliée par son compagnon (parti chercher un paquet de cigarettes et jamais revenu, jamais revu, jamais pris). Le son paraît quelque peu plat, l’écoute en mp3 sur de petites enceintes est à proscrire. Même l’artwork de Mackie Osborne est moins chouette (ou moins débile, selon les goûts) que d’habitude. Boooo…
Et pourtant, après une douzaine d’écoutes, il apparaît clair que les deux morceaux d’ouverture, « The Kicking Machine » et « Billy Fish » sont d’excellents hymnes hard-rock, le second plus détendu que le premier. Ici frappent à nouveau les voix en chœurs, magnifiées par le bisounours Jared Warren de Big Business. Merci Jared. Oui, ils deviennent de très bons morceaux qui trottent longtemps où j’pense… une fois assimilés les structures faussement simples et les jeux de chausse-tripes cachés. Pervers ils étaient ? Les Melvins le sont toujours. C’est plus dissimulé qu’auparavant, mais du coup, c’est bien plus sournois.
Sournois encore, « Dog Island » et son absence de logique dans son évolution, euh, absence d’évolution tout court, dirait-on. OK, le riff fait dans le déjà entendu (cf l’acide LP Hostile Ambient Takeover [Ipecac – 2002]), mais le titre est en fait bien pensé. Les singes sont trompeurs, la logique de ce titre linéaire et juxtaposé est souterraine. C’est une histoire narrée dans le plat, avançant d’un air azur assuré, sur un ruban d’autoroute du nulpart. Etrange…
Puis le quatuor à deux batteries nous sort une interprétation à la Morricone du grégorien « Dies Irae ». L’intro est glaciale, Buzz Osborne nous démontre que cela n’est pas un hasard s’il joue dans Fantômas (qui n’existerait pas sans Naked City et… les Melvins). Le « Suicide In Progress » (quel titre !) est en fait deux morceaux, un super instru, enlevé, carrément catcheur, enchaînant sur un mid-tempo sudiste dans la veine de « Lizzy », Houdini [Atlantic – 1993].
On l’avait déjà repéré dès la première écoute, « The Smiling Cobra » est une tuerie, cruel, tyrannique. Les voix font mouche, le riff à la fois thrash et bluesy est à la hauteur des meilleurs moments de la bande à Buzzo. Parfaite illustration sonore d’un massacre au fusil à pompe dans un Mec Donnard, avec un boogeyman qui prend tout son temps. Alors « Nude With Boots » qui suit, joyeux et lumineux, pâti un chouille de la comparaison. Mais son charme estival et seventies opèrera peu à peu. Ce qui arrive ensuite ne vaut pas grand-chose, « Flush » est un interlude inutile et « The Stupid Creep », stupide en effet, est nul. Stoppé violemment à 01 :28, ce machin parodique et absurde n’est pas drôle une seconde. A oublier.
Le disque, globalement ensoleillé et plutôt mélodique, fini dans le bruit avec le menaçant « The Savage Hippy » et ses voix cauchemardesques puis le répétitif « It Tastes Better Than The Truth ». Je le déconseille à ceux qui auront abusé du café (j’ai testé pour vous, ça rend dingo). Queue de poisson, fin.
Alors voilà, tout n’est pas vermeilleux dans ce disque, c’est certain. Mais c’est bien au dessus de beaucoup de choses. Les Melvins manipulent toujours l’absurdité et leurs morceaux cachent des tiroirs secrets qui s’ouvriront à qui aura la patience de tâter. Ecouter. Vraiment. Laisser courir son imagination. Refuser l’entertainment (comme ils disent là-bas aux amériques) primaire. Tout ça, ce n’est que du Rock, ma bonne dame, mais du Rock à mille vieux du fonctionnement de notre société : ça n’a rien à voir avec la consommation effrénée, le plaisir rapide et jetable, vain. Rien que pour ça…
Mais c’est tout simplement un bon disque.
Qui ne mettra pas grand monde d’accord.
Et j’en vois quatre qui doivent bien se marrer.