
Suffocate for fuck Sake, Blazing fires and helicopters on the frontpage of the newspaper. There´s a war going on and I´m marching in heavy boots.
Légèreté... L'oiseau décolle, grandes ailes déployés comme embrassant le firmament... Le zénith enflamme ses ailes, céleste, la buse est repartit, c'est une étoile filante... La grâce même, en éruption magmatique, tout l'or des volcans... Mais voilà qu'il bat de l'aile ! Son ombre au sol devient mauvaise... Le souffle de la flamme, trop intense... C'est un rotor ! Un hélicoptère. Et le feu, c'est vos maisons qui brûle sous ses colis. Lourdeur.
Les suédois de Suffocate for fuck sake sont intraitables... Des cerbères, bras droit d'Hadès ! Au moins. Je l'ai guetté, ce feu des Enfers, le sournois qui embraserai tout dans le génie, une fusion chimique du feu avec le feu, un paroxysme sans précédents... Le Big Bang, quoi. Et bien je vous dis tout de go, on y est presque.
Les suédois de Suffocate for fuck sake font de mauvais ennemis, pas de confiance. Ça vous lorgne, vous épie, puis vous tape dans le dos... C'est conciliant, presque sensuel, on peut percevoir le coup foireux. Et sitôt qu'il vous renvoie à votre inutilité, voilà qu'il sort la main de la poche de son imper -vous saisissez l'éclat du fer de l'arme la fraction d'une seconde mais c'est tout - et bang, votre cerveau se répand comme une confiture trop grasse.
Les suédois de Suffocate for fuck sake sont méthodique, patient, méticuleux !... Ils pourraient, soyons honnête, envoyer voler toute prudence et vous débusquer de votre routine emmerdante en un éclair, et vous envoyez ad patres. Ce serait clair au moins, mais ! Non. Ils ont le sang froid là-bas, pas penauds tout péteux en nage comme ces Français aigri, prétentieux, irritables... Ils ont leur science.
Les suédois de Suffocate for fuck sake ont une démarche, pour "perdre le contrôle d'eux-même". Ah vous frémissez ! Vous prévoyez déjà la transe hardcore sludgy ascendant pachydermique, l'aliénation hallucinante à la Born Again, ou l'écrasement perpétuel d'un Nihiliste(s)... L'ambition est tout autre, ici il faut couper les ponts, rompre les liens, partir et ne rien laisser. Le programme requiert des bases solides, un investissement sans limite. Blazing fires and helicopters on the frontpage of the newspaper. There´s a war going on and I´m marching in heavy boots est un des albums les plus ambitieux qu'il m'ai été donné de rencontrer cette année, et ses perspectives hors-norme, à l'image du titre de l'album, se sont ici presque dessinés parfaitement. Brisons les conventions : il n'est pas ici question de post-rock... screamo... post-hardcore... indie... Et pourtant... On a rejoins tout ça ici dans de longues ondées menaçantes. Vous connaissez la Suède, on y a appris à condenser, notamment avec Ikéa (je prend un exemple probant). Ici je le répète ! On sort de tout carcans. Les 67 minutes du disque ne sont que longues pauses contemplatives, entre deux carnages militaires. Viscéral ! Les "spoken word", en VO ici, n'espérez pas y comprendre grand-chose petit bilingue, mais leur force demeure vive, on passe la barrière de la langue ! Derrière les riffs ternaires tissent, s'épanchent, sans tomber dans la niaiserie d'Envy ; ici on suit la grâce d'une voix qui murmure, des notes qui brillent de plus en plus, jusqu'à ce que le couperet tombe, de manière chirurgicale, QUAND il le faut. We are driving through darkness est éloquente à ce sujet : la violence n'a rien d'artificiel. On hurle sous les déploiement incendiaires du combo, comme on nagerait dans la tourmente post-hardcore d'un Breach. Tout pète et nous, on danse. Après l'explosion sonique du début, le morceau se targue même de finir en des eaux plus post-core, avant un virage final acoustique et indiesant ! Tout aussi insidieuse, Empty vous écrase comme la "boot" que prédisait Orwell dans son chef-d'œuvre, après une petite accalmie passagère. En attendant de pleurer à nouveau, quand on reprendra nos esprits, que les survivants communieront, et qu'on enterrera nos morts. Récréations pour hurler, reprise des cours pour s'épanouir en silence, studieusement.
Les suédois de Suffocate for fuck sake vous paraissent encore un brin inoffensif ? Vous êtes blasé de la ronde post-core, secteur ultrabalisé, foutu, qu'on a pillé sans vergogne, rongé l'os jusqu'à qu'il en reste plus rien !... C'est qu'ils ont du talent à la pelle. Les passages plus direct et mélodique qui surviennent quelques fois apportent encore de variété à un disque de nuance, en témoigne l'intro mélodramatique d'A Japanese Flag, phrases susurrées sur percussions et riffs abrasifs, tout comme ces chants clair intermittent, voix de jeune fille en fleur et de son beau naïf, parfaitement apaisants. Le repos du guerrier. Pourtant, même là, on n'est jamais loin de la dépression. C'est la guerre mon pote ! Oublie pas ! On ne rigole pas avec ces choses là. Mais que ce soit bien clair : ils ne tapent pas dans le post-rock réchauffé, anonyme, générique dirais-je... J'en tiens pour compte la superbe mélodie cyclique d'I keep my eyes on the ground, afraid of meeting someone I know. Et les spoken word ne sont pas ici secondaire comme chez les Japonais cités plus haut. Ils sont même ici le corps de la musique, ils concentrent toute la folie latente de compositions qui attendent d'exploser en chœur. C'est le nerfs le plus vif du groupe, et il faudra apprendre à s'y faire.
Les suédois de Suffocate for fuck sake n'ont pas eu peur d'être trop pompeux, d'user trop l'auditeur, il sait qu'il a raison, que les aliénés vaincront du joug de la colère. La purge, c'est ce disque, voilà tout. Alors hype, arty, intello, trop lourd, maladroit... Par a coups, sans doute ! Mais le long fil se déroule, le fil conducteur d'un disque qui fonce droit dans le mur en signant la vrille parfaite, le saut de l'Ange dans la lave, la cascade qui va ravir le tout Hollywood. Tu montes ?
