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Version complète : Thrice - The Alchemy Index
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ZeroZeroOne
Thrice – The Alchemy Index



Je m’imagine clairement la scène. A l’arrière de leur van les quatre Thrice sont en pleine tournée de promotion de leur dernier album en date, Vheissu. La tournée est un réel succès. Adulés par la critique, comparés aux vétérans Deftones, le groupe est plus que fier de son parcours sans faute, de ce hack-trick qu’il l’a successivement fait évoluer du punk basique de ses débuts (Identity crisis - The illusion of safety) vers un emo-punk plus élaboré (The artist in the ambulance) puis enfin vers leur album le plus expérimental à ce jour : Vheissu. L’idée arrive un peu par hasard : pourquoi ne pas enregistrer un concept-album ? Le thème : les quatre éléments. Rapidement l’idée s’impose. De toute façon le groupe se sent obligé d’aller encore plus loin que Vheissu et veut absolument « expérimenter » pour s’imposer définitivement.

Octobre 2007, dans l’indifférence générale sort le premier volet du quadruple EP (Vol. I : Fire & Vol. II : Water). Suit en Avril 2008 le second volet complétant le projet (Vol. III : Air & Vol. IV : Earth)





Vol. I : Fire

1. Firebreather
2. The messenger
3. Backdraft
4. The arsonist
5. Burn the fleet
6. The flame deluge

L’EP s’ouvre avec le gros riff d’entrée de Firebreather. Avec son low tempo et sa complainte entêtante portée par la voix de Dustin Kensrue le titre, assez sobre dans sa structure se termine en apothéose par un cœur aérien. L’ouverture est réussie. Suit le rageur The messenger et sa teinte légèrement électro puis le plus léger Backdraft qui alterne accalmies et passages pêchus. La rage est de retour avec l’accroche de The arsonist, certainement un des titres les plus réussi de l’EP avec notamment le passage où Kensrue scande « I love the city but I set and numbered its days » montant en puissance vers le rageur et final « It will burn ». Burn the Fleet, mappé de guitare aérienne est plus insignifiante. L’EP se conclue sur le très réussi The flame deluge. Du chaos de la première partie du titre émerge une accalmie sur laquelle se termine le volume I.

Mais qu’en est-il de l’idée de base de ce projet, à savoir la retranscription musicale des quatre éléments fondamentaux ? Musicalement, un constat s’impose : le feu s’apparente ici à la destruction, traduite par de gros riff ainsi que la rage hurlée de Kensrue. En ce qui concerne les paroles, le sens de la grande majorité des textes est suffisamment obscur pour permettre toutes sortes d’interprétations, religieuses en autres. Cependant The arsonist évoque de façon assez claire la destruction par le feu divin de la cité antique de Gomorrhe. Burn the fleet, titre inspiré par la destruction de sa propre flotte (la destruction par le feu n’est pas établie) par Hernan Cortes, conquistador espagnol semble symboliser l’implication totale, la dévotion à un but, une finalité. Le sonnet concluant l’EP évoque le ressenti ainsi que la colère par le feu lui-même de son utilisation destructrice et guerrière (Guernica et Dresde sont ainsi citées).

Vol. II : Water


1. Digital sea
2. Open water
3. Lost continent
4. Night Diving
5. The whaler
6. Kings upon the main

Les premières secondes de Digital sea donnent le ton de ce second volume : nappes de sons électronisants, voix vaporeuse, rythmes lents. La légèreté de ces compositions tranche ainsi avec la relative lourdeur du premier volume. Et c’est là que le bât blesse. Passé la curiosité des deux premiers titres, on s’ennuie ferme. L’ensemble est d’une incroyable mollesse, aucune composition ne se détache des autres. Résultats, certains morceaux tel l’acoustique Night diving qui, sur un album classique aurait composé une transition habile et réussie se retrouve noyé dans cet océan sirupeux et indigeste.

Clairement, le principe même de vouloir donner une coloration musicale à chacun des quatre éléments trouve avec ce second volume sa première limite : le manque de diversité. Par son manque de relief, la qualité intrinsèque de certaines compositions s’en retrouve ainsi dévaluée. Un thème semble se dégager de l’ensemble de ces compositions : la critique des travers de la vie et de l’humanité. Digital sea blâme ainsi la société moderne et le « tout digital », Lost continent évoque le destin d’Atlantis noyée sous les flots par la colère de Zeus déçu par le comportement de ses habitants et enfin le sonnet final King upon the main montre la futilité et l’idiotie de la fierté et de l’arrogance de l’homme face à la puissance de l’océan. The whaler trace un parallèle entre le destin des baleiniers et celui des membres du groupe, éloignés pendant les longs mois de tournées de leurs foyers et familles.





Vol. III : Air

1. Broken lungs
2. The sky is falling
3. A song for Milly Michaelson
4. Deadalus
5. As the crow flies
6. Silver wings

Broken lungs, premier titre de ce troisième volume marque le retour des guitares et du relief dans les compositions du groupe. Les changements de rythmes sont nombreux, en témoigne le final saturé en guitare. Le chant de Kensrue mélancolique sur ce premier titre se fait beaucoup plus entraînant sur The sky is falling. Plus que sur les autres EP, la batterie joue un rôle central dans ces compositions. Si A song for Milly Michaelson marque une certaine parenté avec certaines compositions des Smashing Pumpkins (période Adore), que dire alors de As the crow flies où le mimétisme avec le grain de voix de Corgan est saisissant. Les deux titres concluant cet EP sont assez transparents et le fade Siver wings n’aurait pas dépareillé sur le tout aussi insipide Water.

Broken lungs et The sky is falling évoquent clairement les attentats du 11 septembre et leurs conséquences sur la politique américaine et la peur en résultant. Kensrue fait ouvertement part de son scepticisme sur l’exact scénario de ces attaques, ne reste donc qu’un pas à faire pour l’auditeur jusqu’à la « thèse » du complot. Le rapport avec l’air ? Un avion ça vole, non ? A song for Milly Michaelson a pour sujet le film The boy who could fly, rencontre entre une fillette et un autiste qui la sauvera après une chute de son balcon… Comme sur les précédents volumes, une référence à l’antiquité est également présente avec Daedalus. Fils de Dédale, architecte du labyrinthe du Minotaure dans lequel il est également enfermé, Icare s’en échappe grâce à des ailes de cire. S’approchant trop près du soleil, celles-ci fondent. Il meurt noyé en mer d’Egée. Si le volume Earth avait pêché par monotonie, on ne peut s’empêcher de remarquer le rapport plus que lointain d’une grande partie des textes de Kensrue avec l’élément Air.

Vol. IV : Earth

1. Moving Mountains
2. Digging my own grave
3. The earth isn’t humming
4. The lion and the wolf
5. Come all you weary
6. Child of dust

A de rares exceptions, je n’aime pas les morceaux acoustiques. Manque de chance, c’est le moyen choisit par le groupe pour retranscrire l’élément Terre. Si l’on peut remarquer un certain sens de la mélodie sur des titres comme Moving Mountains ou Digging my own grave, l’ensemble donne par moment l’impression d’écouter des démos du groupe, au mieux des faces B. Dommage car certains titres comme The earth isn’t humming (reprise de Fodus) auraient mérité un meilleur traitement. Tout comme le son Stone Sour avait déteint sur celui de Slipknot, les aspirations acoustiques de Kensrue ont fini par altérer celui de Thrice. L’EP nous livre ainsi son lot habituel de titres inutiles : The lion and the wolf et le sonnet Child of dust.

Pas d’analyse de textes pour cet ultime volume du projet Alchemy Index : cet EP m’a tellement peu passionné que je ne me sens pas le courage de comprendre et d’interpréter les textes de Kensrue. Amateurs, si ça vous tente...



C’est avec un plaisir non dissimulé que j’achève cette chronique ainsi que les heures d’écoute prolongées de ces albums. Plutôt séduit par un premier volume déjouant mes pronostiques pessimistes quant à la qualité musicale de ce projet, j’ai rapidement déchanté et j’en suis revenu à mes premières impressions. A de nombreuses reprises, le groupe montre ses limites ainsi que les limites d’un tel projet. Je ne reviendrais pas sur le choix des émotions liées à chacun des éléments, toute œuvre étant par nature subjective. Plutôt que de se lancer dans des projets trop ambitieux et de vouloir à tout prix passer pour un groupe « intelligent », Thrice aurait mieux fait de se concentrer sur la qualité plutôt que la quantité. Cependant si le groupe tient à poursuivre cette voie, je lui propose comme thème les couleurs primaires, les saisons, les continents, le système solaire…
Turtle
Propos intéréssant,

on sent qu'effectivement tu as pas mal écouté les skeuds, ce qui me laisse d'autant plus surpris,
au regard de ta conclusion.

Alors certes, y a un petit côté mégalo (mais au bon sens du terme, comme le dit si bien Frag),
mais la chose était ambitieuse et elle est amha réussie.

Fire et Water ont vraiment une teinte, une sonorité musicale renvoyant explicitement aux éléments
auxquels ils font références. Thrice est parvenu à dessiner des choses avec du son, à évoquer de la matière
par des simples bruits, c'est fort.

En outre, les artwork sont bien barges (symbolisme, ésotérisme), le song writting fabuleux, ya un lot de titres d'anthologies,
et les 4 ep fourmillent de ponts les uns vers les autres. Par ex, les 4 fins sont basés sur le même principe,
avec la même déclinaison.

Faut du temps pour tout saisir, c'est évident, et je pense qu'il reste bcp de choses à percevoir à l'intérieur,
donc tt en respectant ton avis, je trouve au contraire que c'est une très très grande œuvre.

Mais si y a de la polémique, tant mieux, c'est ce qui nourrit l'Art.

Les chroniques ici:
http://www.metalorgie.com/punk/groupes.php?id=465#Thrice
ZeroZeroOne
En fait si la conclusion peut paraitre il est vrai un peu dure, je pense que mon propos est très nuancé dans l'ensemble de la critique. Ma joie d'en finir avec l'écoute de ces disques vient surtout du fait que j'ai passé un temps conséquent à comprendre les textes qui, comme tu le soulignes sont d'une façon générale très bien écrits, voire même trop bien pour un non anglophone de naissance !

Certains titres de ce projet sont des réussites , d'autres moins voila tout. Je regrette juste que la façon de faire (une couleur musicale par EP) noie justement ces bons titres et nuit à la diversité au sein de chaque disque. C'est le revers de la médaille de leur vision du concept.

Après je me méfie (peut être à tort) d'une façon générale des concepts qui se veulent trop intelligents, des "c'est tellement profond, qu'on n'en découvrira jamais tous les secrets". Le reste n'est qu'un peu d'humour caustique pour ceux qui ont lu cette longue chronique jusqu'au bout !
Plunk
Je suis actuellement un peu en phase de dispute avec cet album. Il m'avait absolument enchanté aux premières écoutes, aussi bien le volume 1 que le 2, mais depuis quelques temps, je me fais des fois un peu chier, en particulier dans les parties eau et terre, et ça m'énerve parce que j'adorais toute l'oeuvre il y a encore peu de temps, et je veux que ça continue !

La partie air est une réussite totale, par contre selon moi, un son absolument unique, complètement inclassable, Deadalus me fout des frissons ! D'une manière générale, j'aime le fait que la musique soit si liée à l'élément qu'elle représente, et toutes les images qu'elle développe. Ca donne un côté épique, genre temple du feu, temple de l'eau... dans un Zelda (comparaison complètement geek, je sais, mais c'est ce que ça m'évoque).

Je le laisse décanter pendant quelques temps, j'y reviendrai pour voir si je trouve l'oeuvre à nouveau aussi géniale qu'au début (ça sentait l'album de l'année).
Turtle
Donc des 4 dans l'ordre décroissant, tu classerais comment tes préférences entre les 4 ?
ZeroZeroOne
Étant plutôt adepte de la distorsion, ça serait pour moi :
  1. Fire
  2. Air
  3. Water
  4. Earth

Mais j'aurai vraiment préféré un seul album avec ensuite des faces B (par exemple gratuites sur le net...). Cela n'aurait pas sacrifié le choix thématique: comme sur Holy Wood de Manson, ils auraient pu diviser la galette en chapitres
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