
Current 93 - Birth canal blues (2008)
JAMAIS !
Plutôt mourir que d’arrêter la musique. Tellement vrai qu’il n’y a sûrement que la mort qui empêchera David Tibet de continuer à composer à l’infini ses fresques de poésies chialantes ou ses étrangetés cauchemardesques. Toujours aussi productif, oui. Et malgré tout la qualité est une nouvelle fois au rendez-vous sur cet ep d’une vingtaine de minutes voyant jour pour célébrer la petite tournée européenne de cette année.
Ouverture sur I looked to the south side of the door (fameuse composition inédite jouée en live lors de la tournée), composition sobre à la grâce touchant les cieux comme seul Tibet en a le secret. Notes de pianos légères et onctueuses, non sans rappeler le magnifique album Soft black stars. Le tout dans un registre grave et à l’ambiance lourde . Un titre poignant et rêveur avec un Tibet toujours aussi… spécial.
Non, plus de 20 ans apres il ne chante toujours pas juste. Mais il a ce don de ne jamais en faire trop, de laisser tout superflus de coté de façon à ne garder et ne faire ressortir de sa voix que l’essentiel : l’intensité. Une plume toujours aussi plaisante, poésie délectable au caractère marqué et reconnaissable entre mille. Bonheur.
She took us to the places where the sun sets, deuxième titre de cet ep se veux plus sulfureux. S’introduisant dans la continuité et la sobriété d’I looked to the sout les notes de pianos tantôt légères, tantôt graves, cohabitent vite avec une débauche de saturation. D’un coup l’ambiance bascule, la voix se fait sauvage, ambiance maladive rappelant fortement la période pré-dark folk du groupe (album Looney runes par exemple) bien plus noir et agressive parsemé d’industrial music voir de noise pur et simple. Composition jouant sur la tension, pour un résultat viscéral et addictif.
La deuxième partie de Birth canal blues se veut prolongement de la première. The nylon lion attacks as kingdom mélange la sobriété du piano d’I looked to the south avec une voix pratiquement gutturale et lointaine comme sur She took us. Intensité en crescendo, l’ambiance s’aggravant tout au long du titre pour un final étrange accordé à un solo de synthé aux sonorités un peu kitch. Titre réussit et intense. Tout comme cette dernière piste : Suddenly the living are dying, semblable à l’ouverture du disque avec un Tibet récitant son texte sur un piano sobre, aux notes dansants gravement avant de laisser place à un final de sonorités bruitistes. Contraste imposant entre deux personnalités perdus dans un seul disque d’une vingtaine de minutes : la beauté mélancolique et enivrante, toujours aussi poignante et sobre, et un déluge d’agressivités, raz de marée de noirceur, grésillements bruitistes, salvateurs et imposants.
On n'pourra que lui reprocher la symétrie de ses schémas : la première piste perdu uniquement dans la beauté. La troisième uniquement dans la noirceur. La deuxième et la quatrième, elles, commenceront dans le beauté pour finir dans la noirceur. Malgres la surprise de la première écoute, on fera malheureusement vite le tour de Birth canal blues, bien que cela n'entrave guère le plaisir suscité par de nombreuses écoutes répétés.
Conclusion évidente apres lecture des 4 précédents paragraphes et écoute de ces 4 morceaux : tres bon ep, des titres réussis mélangeant divers faces de ce fameux projets qu’est Current 93. De quoi calmer quelque peu l’impatience du nouvel album, prévu pour cette année. Ou d’aggraver encore notre éternel appétit.
Au choix.