
Tracklist :
1/ Exode
2/ Témoignage
3/ Jours sombres
4/ Automne 1941
5/ Le tambour des orphelins
6/ Hommage à L.Fouquet
7/ Le petit garçon
8/ Dernier éditorial (Lesage)
Et le vieil homme entra, d’un pas lourd, chancelant mais d’une volonté féroce pour marcher dignement. Le maître d’école se tût et le vieil homme se présenta brièvement, nom, prénom, comme l’on se présentait au service militaire. Militaire. Après quelques secondes en guise d’intermède, il commenca son récit.
17 Juin 1940, le soir. Dans ce petit village, les rumeurs se font de plus en plus insistantes et les échos sont plus pessimistes que jamais. Depuis le 14, ils sont à Paris. Ils, ce sont les Allemands et on dit qu’ils arrivent dans la région, selon certains ils ne seraient qu’à une soixantaine de kilomètres. Tandis que la mère était partie coucher le petit, le père, résistant avant l’heure, revenait d’une réunion que d’ici peu l’on considérerait comme clandestine. Et ce fier homme était porteur de tristes nouvelles. Ce qui se racontait depuis une dizaine de jours était bel et bien vrai. Ils arrivaient. Il fallait être sur le qui-vive, tout le temps, car dans ces moments fatidiques, les bonnes décisions sont instinctives. Rongé par l’inquiétude, l’homme alluma la radio : « En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. ». L’angoisse s’empara de cet homme, pourtant peu sujet à ce type de sentiment. De sa clairvoyance d’homme des champs, il savait qu’il se passait quelque chose.
Le disque des Joyaux de la Princesse commence. Des nappes de vent, d’une lourdeur insoutenable se déploient et instaurent un sentiment de tension palpable.
Le père de famille, appela son épouse et tous deux tendirent l’oreille pour mieux entendre ce discours radiophonique car Pétain continuait.
Sur cette piste de 13 minutes, des bribes se font entendre, mais restent inintelligibles. Mais elles reviennent périodiquement, et le texte déclamé se fait de plus en plus clair et compréhensible.
« […].C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat. ». Effroi, horreur et consternation, jamais ces deux époux n’avaient été dans une telle symbiose. Ils s’interrogèrent du regard, sans un mot. Avaient-ils bien saisi l’impact de la phrase qu’il venait d’entendre ?
La piste continuait, toujours empreinte d’un minimalisme sombre, tandis qu’obsessionnellement, ce discours continuait.
« Je me suis adressé cette nuit à l'adversaire pour lui demander s'il est prêt à rechercher avec nous, […], les moyens de mettre un terme aux hostilités. » IL FAUT PARTIR MAINTENANT. Mon Dieu, ils devenus fous. Jamais, jamais ce père n’aurait excepté que son pays, que sa famille, que sa conscience soit assujettis par l’ennemi. Ce fut le branle-bas de combat : la mère prépara sommairement le strict minimum à leur départ pendant que le père partit réveiller l’enfant. Le temps pressait. Une fois redescendu, le père prit la décision, lourde de conséquence puisque irréversible, de partir, sans jamais se retourner. L’enfant n’avait pas de chaussures aux pieds mais qu’importe, dans l’urgence vitale les détails n’ont que peu d’importance. La famille toute entière se fit dévorer par l’obscurité. En plein mois de Juin, il pleuvait. C’était l’Exode.
Et c’est ainsi que s’achevait la pierre angulaire du disque, toujours dans cette ambiance délétère d’un dark ambient d’inspiration néoclassique. Quant à la fin du disque, elle est pesante, dépouillée, éthérée mais lorsque la musique se fait plus mélodieuse, un rai de lumière comme une lueur d’espoir apparaît, subrepticement.
La suite de cette histoire, ce qu’il advint de cette famille, certains l’ont su mais personne ne l’a dit, trop de souffrances empêchent de parler.
Face à tous ces élèves à la mine grave, le vieil homme conclut en ces termes : « Cette histoire, je ne l’ai pas inventée. Ce petit garçon, c’était moi. Mais cette histoire, ce n’est pas seulement mon histoire, c’est celle de millions d’hommes, femmes et d’enfants. Cette histoire n’est pas une histoire, c’est l’Histoire, celle de la France et des français, celle que l’on devrait raconter aux petits enfants de France. »
