
Celtic Frost, ou le groupe le plus visionnaire de ces 20 dernières années. Le groupe qui a ouvert les portes du black métal moderne, qui a osé et a montré que le métal sombre pouvait se mélanger à d’autres styles pour le rendre plus fort.
Alors, comment pouvait revenir Celtic Frost après ces longues années d’absence discographiques et scéniques ? Serait-il toujours ce groupe à la fois novateur et avant-gardiste ? La réponse est claire : oui.
D’entrée de jeu, on est fixé : l’ambiance est morbide, la distorsion est pourrie jusqu'à la moelle, les voix sont envoutantes et terrifiantes, la basse est monolithique.
Ecouter Monotheist par bribes relèverait de la stupidité. Monotheist tout entier est une ode à la nuit, aux puissances des ténèbres et à l’anti divinité. De Progeny au titre final du triptyque Winter, tout est placé sous le signe des ténèbres. Que dire de cette progression dans l’indicible ? La folie augmente progressivement jusqu’à A dying God Coming Into Human Flesh, titre schizophrène du plus pur effet. Puis, passant par divers états de la dépression mentale (Drown with Ashes et ses voix féminines mélancoliques) et de la noirceur absolue, avec un point culminant pour Ain Elohim, nous arrivons au triptyque final qu’est l’association de Totengott, Synagoga Satanae et Winter. Ces 3 titres sont indissociables, les écouter seuls un à un relèverait du parjure, car ce triptyque est une véritable ode au culte infernal. Totengott, ou seul Martin Eric Ain chante, ou psalmodie une incantation sinistre dans une ambiance morbide, Synagoga Satanae, titre de 14 minutes qui monte crescendo dans l’horreur et Winter, suite du Requiem entamé il y a plus de 10 ans, sorte de respiration légère dans cette atmosphère goudronnée.
Verdict ? Monotheist est sublime de noirceur. Pour ma part, il s’agit incontestablement d’un chef d’œuvre absolu, le meilleur album qui retourne les tripes depuis des lustres.Monotheist me procure toujours ce frisson long de 74 minutes. Si vous cherchez une bande son pour vos soirées Lovecraft, la voici toute désignée. Celtic Frost envoie paitre la plupart des groupes de black métal au discours vide de sens. Celtic Frost a encore innové : il a mélangé avec perfection les ambiances doomesques avec un discours résolumment anti-divinité du black métal primitif.
Si vous avez raté Celtic Frost en concert, sachez que ce concert fut le prolongement évident de Monotheist. Un concert noir et oppressant qui ne fut qu’une longue messe noire au final. Martin Eric Ain se transformant en prêtre possédé (« Do you respect your dead ? » « When was the last time you go to the Church ? »), Gabriel Fischer, donnant une dimension nouvelle aux anciens titres et Franco Sesa, possédé de bout en bout. Synagoga Satanae fut LE moment du concert, l’ambiance sur le disque étant multipliée par 10, les émotions tout autant.
Celtic Frost est grand.
